Décès d’Henri DERRIEN : la peine de ses camarades du 15ème arrondissement est immense

8 Mai 2016 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #PCF 15ème

Décès d’Henri DERRIEN : la peine de ses camarades du 15ème arrondissement est immense

Henri Derrien est mort ce 7 mai 2016. Il allait sur ses 80 ans. Nous le savions malade et affaibli mais nous n’imaginions pas une fin aussi brusque. Ceux d’entre nous qui sont au courant sont bouleversés. Nos premières pensées vont à Gesine, son épouse, à Marianne, sa fille, à toute sa famille de Paris, de Bannalec et d’ailleurs.

Henri est resté lucide, politiquement avec nous jusqu’au bout, comme en témoignent Albert Barré, Marie-Claude Beaudeau ou Joran Jamelot en contact encore ces tout derniers jours avec lui.

Il faut nous laisser le temps de rassembler nos souvenirs, toute notre reconnaissance à notre camarade. Nous vous tiendrons informés des obsèques.

Henri Derrien, né en 1936, fils d’un militant cheminot de Montparnasse, a adhéré tôt à la Jeunesse républicaine de France. A même pas 15 ans, en 1951, il participe au festival mondial de la jeunesse à Berlin-est.

La guerre passée à Bannalec dans sa famille, Henri poursuit ses études jusqu’au cours complémentaire et une formation de typographe. Il sera l’un de ces « intellectuels organiques », doté d’une large culture ouvrière, théorique et générale, que le PCF, l’héritage du mouvement ouvrier français, y compris blanquiste, a formé et qui s’est formé lui-même.

En 10 ans : 11 imprimeries, quasiment 11 licenciements pour fait de grève. A Malakoff puis dans le 15ème, il se distingue auprès de ses camarades de travail par sa capacité d’analyse, par sa pugnacité, que son adhésion au PCF en 1959 et à la CGT ont renforcées.

Comme tous ceux de sa génération, il a le droit à un stage de 27 mois en Algérie, épisode qui le marque comme tous. Il est témoin, à quelques décimètres près, du bazooka qui visait le général Salan en 1957.

De retour en France, Derrien se distingue par ses capacités politiques et militantes. Il entre à la direction du PCF Paris 15, alors comité d’arrondissement regroupant plusieurs sections, sous la direction de Georges Demeure, Jean Roger et André Moroni, bientôt au Comité fédéral de Paris.

La reconnaissance de sa capacité politique le conduit à être choisi en 1967 pour constituer la section des usines Citroën dans le 15ème.

Cette expérience le marquera définitivement. En 1967, il n’y a même pas 100 communistes sur 25.000 ouvriers, à peine deux fois plus de cégétistes, un peu plus avec le CE que la CGT a gagné grâce à stratégie de boycott de la direction de la boite.

En avril 1968, Henri Derrien organise et anime la conférence de section. Les conditions sont analysées minutieusement sur la base des expériences de chaque atelier. On prépare sans la pressentir l’explosion du mois suivant. Derrien sera un des dirigeants décisifs de l’organisation de la lutte, dans les conditions de l’entreprise, pendant les 6 semaines de grève dans les usines Citroën ; du ravitaillement quotidien, à l’expression publique, au relais vers les directions politiques et syndicales.

En 1970, jusqu’en 1976, Henri est choisi pour être secrétaire d’arrondissement du PCF, à la tête de 12 sections de quartier et d’entreprise. En 1971, il est élu conseiller de Paris dans le 13ème. Le mode de scrutin inique depuis 1965 laissant tous les sièges à la droite dans le 15ème. De 1967 à 1981, il est candidat aux législatives dans la circonscription de Javel, atteignant le 2nd tour en 1973. La campagne des municipales de 1977 est particulièrement dure.

Dans la période du programme commun, Derrien, avec la direction d’arrondissement, place la priorité dans les luttes et dans le renforcement de l’organisation PCF. La grève de La Poste en est notamment une illustration.

En 1977, suivant l’orientation du Parti et convictions personnelles, Derrien soutient, malgré les illusions qui font des ravages, la rupture du programme commun avec le PS.

A la fédération de Paris, il est l’un des rares, parfois le seul au bureau fédéral, mais représentant une grande majorité du parti ouvrier, qui s’opposent aux précurseurs de la liquidation réformistes, les apparatchiks emmenés par Henri Fiszbin et ses faux frères Paul Laurent et Henri Malberg qui allaient le lâcher pour mieux poursuivre sournoisement sa politique. Face au groupe liquidateur Laurent-Fiszbin-Malberg – « Laurent Fiszberg » en abrégé - face à l’opportunisme petit-bourgeois, à l’abandon électoraliste des intérêts de la classe ouvrière au profit des préoccupations présumées des « nouvelles couches » (inspirées directement par l’idéologie dominante), des postes et honneurs que sait distribuer la bourgeoisie, face aux dégâts de l’erreur stratégique de « l’Union de la gauche », Derrien résiste, avec quelques autres. La direction nationale finit par leur donner raison. L’histoire aussi : Fiszbin passe au PS. Laurent et Malberg poursuivent leurs basses œuvres réformardes dans de PCF.

Derrien est plus communiste que jamais.

En retour de bâton, après l’alignement de 1981 dans le gouvernement de Mitterrand avec les liquidateurs Fiterman, Ralite et Rigout, Derrien est relégué vers la section du 16ème arrondissement. Loin de se laisser enfermer dans un placard, il y défend l’alliance des prolétaires résidents, gens de maison, locataires de chambres de bonne, de quelques autres notamment des professions libérales et artistiques, avec ceux qui travaillent dans cet arrondissement bourgeois par excellence, notamment à la RATP Point-du-Jour, à l’EDF, à Radio-France, dans les banques.

Il continue dans le même temps à exercer des fonctions dans les programmes de formation du Parti, de la cellule à la fédération. Il est chargé aussi un temps de la diffusion de l’Humanité, tant que c’était encore l’organe du PCF et dans l’idée qu’elle le reste.

A sa retraite, il revient pleinement dans le 15ème où il n’a cessé d’habiter. Après la chute du Mur de Berlin, les dirigeants liquidateurs n’ont pas pu s’affronter directement au parti de classe qu’était encore le PCF en France. L’avènement de Robert Hue a marqué l’accélération du processus de liquidation des références marxistes et léninistes. « Mutation » ont-ils dit. Derrien se trouve aux avant-postes du refus de ces choix opportunistes et liquidateurs. Il le manifeste fortement dans les réunions du 15ème au comité fédéral. Il éclaire, il convainc, il contribue à maintenir notre organisation dans le 15ème. Au 28ème congrès, il s’oppose à l’abandon du centralisme démocratique. Au 29ème congrès, avec les camarades notamment de la RATP et de l’EDF, il s’oppose aux thèses réformardes d’un Lucien Sève prônant l’abandon de l’objectif du socialisme, remplacé par un actionnariat « populaire » dans une « nouvelle propriété mixte ». Cela lui vaut d’être évincé du Comité fédéral de Paris, sous prétexte … qu’il a atteint 60 ans.

Qu’à cela ne tienne, dans le 15ème, avec Albert Barré, avec les camarades de la RATP, de l’EDF, de l’Imprimerie nationale, avec des camarades d’une majorité de cellules d’entreprise et d’une bonne partie des cellules locales, dont la cellule des Quatre-Frères-Peignot qu’il a intégrée, Henri Derrien fait partie des premiers qui impulsent la résistance à la stratégie de liquidation du Parti : une résistance par l’action, par l’animation de la vie du parti, autant que par l’affrontement théorique face à la nullité d’un appareil, qui sous Hue et Buffet, ne sait s’imposer que par les coups de force, par les actes d’autorité, par sa gestion du personnel dans les postes octroyées par la social-démocratie.

A la fin des années 90, une majorité des communistes parisiens, après plusieurs rassemblements, après l’action menée pour un référendum sur le Traité d’Amsterdam, sous le choc de la collaboration de la « gauche plurielle » (privatisation de France Telecom), est dans l’état d’esprit de renverser la vapeur. Les appels « des 500 », puis nationalement l’appel « Nous assumons nos responsabilités » ont malheureusement servi à les détourner du combat primordial pour l’organisation communiste et, à partir du congrès de Martigues en 2000, à les pousser à quitter le PCF.

Avec la section du 15ème, Henri Derrien est de ceux qui choisissent une autre démarche : tenir le Parti, le faire vivre, pour que les communistes, les travailleurs les plus conscients, ne se laissent pas voler leur outil politique mais, au contraire, se le réapproprient.

Depuis lors, son action dans le Parti se confond avec la démarche de notre section, qu’il inspire avec Albert Barré, telle notamment que nous l’avons exprimée dans les congrès successifs du Parti, depuis Martigues, puis du texte « Remettons le PCF sur les rails de la lutte des classes » à « Reconstruisons le Parti de classe ! Priorité au rassemblement dans les luttes ».

A partir de sa retraite plus encore qu’auparavant, Henri Derrien s’est aussi consacré au droit au logement, à l’animation de la Confédération nationale du logement CNL. Le même esprit de classe l’a animé face aux bailleurs, à certains élus politiques hypocrites, toujours soucieux de profit, de privatisation, de ségrégation sociale. Henri a animé l’amicale du groupe Emériau/Saint-Charles. Il a été administrateur pendant trois mandats pour les locataires et la CNL du plus grand bailleur social privé, les 3F où il a su, âprement, se faire respecter et faire respecter les amicales. Dans le combat pour le logement, comme dans le combat syndical ou directement politique, Henri Derrien a toujours repoussé les logiques de « dialogue social », en réalité d’institutionnalisation des organisations de classe. Avec Henri Derrien, nous avons été les premiers à dénoncer publiquement et combattre l’opération spéculative du « nouveau Beaugrenelle » facilitée par la Ville de Paris et par une certaine Anne Hidalgo qui menaça Henri d’un procès…

Les communistes du 15ème, bien d’autres, les militants de la CNL qui l’ont côtoyé sont sous le choc. Bien d’autres souvenirs vont ressortir dans les jours qui viennent.

Peut-être le plus marquant pour nous aura été son action pour recréer, dans les pires conditions de répression patronale, en s’adressant en cinq langues aux ouvriers que ce patronat voulait diviser, de l’organisation communiste à Citroën juste avant, pendant et après 1968.

Il est de notre devoir de faire en sorte que les générations de communistes et de travailleurs s’inspirent de cette histoire loin de l’exposition complaisante des agitateurs au service de la collaboration de classe.

« PCF : reconstruisons le Parti de classe ! Priorité au rassemblement dans les luttes ».

Nous vous tiendrons informés de la tenue des obsèques et de l’hommage que notre section rendra à son grand dirigeant, Henri Derrien.

Vous pouvez adresser vos condoléances à Mme Derrien, 70 rue Saint-Charles, 75015 PARIS ou à PCF Paris 15, 130 rue Castagnary, 75015 PARIS

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COTTY Jean-Louis 08/05/2016 10:41

Immense respect envers ce communiste intègre et dévoué qui n'a jamais trahis le marxisme-léninisme.Toutes mes sincères condoléances envers sa famille ses proches et ses camarades.
Salutations fraternelles communistes.