Hommage à Henri DERRIEN. Le PCF à l'entreprise: exemple de Citroën Paris XV. Intervention au 19ème congrès du PCF, février 1970

12 Mai 2016 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #HOMMAGE A HENRI DERRIEN

Hommage à Henri DERRIEN. Le PCF à l'entreprise: exemple de Citroën Paris XV. Intervention au 19ème congrès du PCF, février 1970

Au 19ème congrès du PCF, en février 1970, notre camarade Henri DERRIEN, juste passé de la responsabilité de la section du PCF de Citroën au secrétariat du Comité d'arrondissement du XVème, expose en particulier les conditions de la constitution de la section Citroën, dans les pires difficultés, face aux "truands du patronat". Ce travail dur mais exaltant a permis et marqué la grève de 1968 et ses retombées. "Chez Citroën, rien n'est plus comme avant". A lire et discuter sur la conception du Parti à l'entreprise. Malheureusement maintenant sans le témoignage direct d'Henri.  

19ème congrès du PCF, 1970, intervention d'Henri Derrien, fédération de Paris:

Chez Citroën rien n’est plus comme avant

Paris, avec ses 2 500 000 habitants est diversité et complexité. Pour illustrer la politique du capitalisme monopoliste d’Etat et ses objectifs envers la plus grande ville de France, nous avons pensé devoir faire part de l’exemple que constitue à cet égard le XVe arrondissement.

Celui-ci est depuis peu le plus peuplé, avec 244 000 habitants. Longtemps arrondissement à vocation industrielle, il subit de profondes mutations, tant sur le plan de l’habitat que dans sa composition démographique.

De profonds bouleversements

La raison essentielle est la vaste entreprise à but spéculatif mise sur pied par les hommes des banques et des monopoles voici près de dix ans.

Sous couvert de « rénovation » et sous prétexte d’améliorer l’habitat, des îlots entiers d’immeubles sont rasés, des entreprises souvent importantes qui ne présentaient pas de caractère nuisible pour la population, sont détruites.

Actuellement, un véritable rush où la Banque de Paris et des Pays-Bas a pris un excellent départ. Sur les terrains libérés 9 000 logements ont été construits et 5 000 autres en construction.

Les opérations dites de « prestige » se succèdent. Après celles nommées « Grand Pavois » ou « Super-Montparnasse », celle du Front de Seine est entrée dans sa phase active. Là, le prix de vente des appartements varie de 30 millions d’AF le trois pièces à 48 millions pour le cinq pièces. Quant au prix des logements appelés sociaux, il atteint 55 000 AF par mois pour une deux pièces.

Ainsi non seulement, les banques y trouvent des sources de profit énormes, mais des grandes sociétés capitalistes, qui dans ce secteur cumulent les concentrations avec la spéculation, réalisent elles aussi des profits plus que substantiels.

C’est le cas de Citroën-Michelin dont une partie des usines de la région parisienne sont en cours de liquidation. L’ensemble des terrains, une fois vendus, rapporteront près de 70 milliards d’anciens francs. Notons au passage que les 180 000 mètres carrés de surfaces qu’occupent actuellement les usines de Javel ont été cédés gracieusement en 1912 à Citroën par le gouvernement de l’époque.

Dans ces conditions, le XVème arrondissement de Paris subit des bouleversements rapides et sa composition sociale s’en trouve profondément modifiée.

C’est ainsi que de 1962 à 1968, le nombre des ouvriers pour qui les nouveaux logements étaient inaccessibles, du fait de leur prix, a diminué de 21%. Dans le même temps, le pourcentage des cadres moyens et supérieurs a progressé de 20%

Certes, des succès partiels dans la bataille pour la construction d’H.L.M. peuvent être remportés ; il faut donc la poursuivre. Néanmoins, les changements qui interviennent sont inéluctables tant que subsistera le pouvoir des banques et des monopoles.

Aujourd’hui, les ouvriers ne représentent plus que 21% des habitants contre 26% en 1962, alors que les cadres ou ingénieurs en représentent 32% contre 27% en 1962. Un travailleur sur trois habitant le XVe fait partie de ces catégories.

Il en résulte pour nous un état de fait qui est indicatif pour le travail du Parti. Il s’agit en effet :

-d’une part, de continuer à faire approuver notre politique par les couches généralement acquises à nos idées, en premier lieu les ouvriers ;

-d’autre part, sous peine d’assister au déclin de l’influence du Parti, de gagner les couches nouvelles, notamment les cadres et ingénieurs. Cela est dans le domaine du possible car ces derniers sont victimes, eux aussi, de la politique des monopoles et, de ce fait, plus accessibles aux idées du socialisme.

Bien qu’il y ait encore beaucoup à faire dans ce domaine, nos sections et cellules ont déjà accompli un travail intéressant et ont acquis de l’expérience, ainsi qu’en témoigne la consolidation de nos effectifs locaux, car malgré les départs d’ouvriers communistes et de leurs familles du XVe, notre place de premier parti de gauche a été confirmée lors de l’élection présidentielle.

L’autre secteur déterminant de notre activité vers lequel nous portons une grande attention est les entreprises. Car s’il est vrai qu’un certain nombre disparait du fait des décentralisations ou concentrations, d’autres restent, de nouvelle s’installent.

Nous trouvons dans le XVe : Citroën, avec 18 000 ouvriers, employés, techniciens, cadres et ingénieurs. Les Chèques postaux avec 11 000 employés. Les allocations familiales avec 5 000 employés. La C.I.T., la C.G.C.T., avec 2 000 travailleurs chacune, ces dernières entreprises comptant un nombre important de femmes. L’imprimerie nationale avec 2 400 travailleurs, etc.

Et, en cours d’aménagement, l’ensemble Maine-Montparnasse qui, avec les cheminots, les P.T.T., Air France et les succursales bancaires, groupera dans l’avenir 12 000 travailleurs de toutes catégories.

Le Parti, bien qu’il ait encore à gagner, s’y taille une place et une organisation solide. En effet, sur les 1 700 communistes que comptent les 9 sections du XVe, 1 000 sont organisés dans les cellules d’entreprise.

Ils y réalisent un travail considérable étant aussi bien à la pointe du combat pour les revendications que pour apporter les explications du Parti sur tous les problèmes.

A cette orientation qui découle de nos principes et comme nous y invitait le Parti, il a fallu gagner les communistes car nous avions dans certaines entreprises une situation difficile.

Avant et après mai-juin 1968

C’était le cas à Citroën. Les méthodes de la direction tantôt paternaliste tantôt répressive, avaient conduit à l’éviction de plusieurs centaines de militants du Parti et du Syndicat. En 1961, nos cellules comptaient 30 communistes seulement. Dans l’usine, seuls 14 délégués CGT, victimes de brimades, menaient un combat qui, bien que courageux, ne pouvait être que limité. A cela venaient parfois s’ajouter des mots d’ordre d’action qui, bien que justes en général, ne correspondaient pas aux réalités et au niveau des possibilités.

De plus, la police intervenait aux portes de l’usine, arrêtant les militants qui distribuaient les tracts.

Lorsque parfois il était possible de lui échapper, les tracts en possession des travailleurs leur étaient arrachés des mains par les gardiens.

Cette situation, loin de créer un climat de confiance chez les travailleurs, faisait dire que rien n’était possible chez Citroën.

Il n’était pourtant pas possible, dans l’intérêt de Citroën et du mouvement ouvrier en général de laisser en marge des luttes, une entreprise qui compte aujourd’hui 12 500 ouvriers dont 6 000 travailleurs immigrés de 24 nationalités différentes, ainsi que 5 500 employés, techniciens, cadres et ingénieurs.

C’est à cette tâche que nous nous sommes attelés. Il s’est agi d’abord de mettre un terme aux violations de la légalité et aux coups portés contre les libertés syndicales. Ce travail, mené à l’initiative du Parti avec l’appui de nos élus conjointement aux initiatives unitaires des partis de gauche et des organisations syndicales, ne tarda pas à porter ses fruits. A nouveau, les idées du Parti pénétraient dans l’usine.

Dans le même temps, à l’initiative de la C.G.T. la gestion des œuvres sociales était arrachée à Citroën qui les utilisait à des fins paternalistes et prise en main par le Comité d’entreprise.

Ainsi étaient créées les bases d’un intense travail de propagande et d’activités de masse qui tenaient compte des particularités de l’usine, de la composition de son personnel, notamment de la présence de milliers de travailleurs durement exploités.

Par des actions au niveau des ateliers, des premiers succès furent acquis, certes limités et a priori insignifiants comme d’obtenir du savon ou une paire de bleus, mais ces succès donnaient confiance pour aller plus loin.

Au fur et à mesure, les actions se développaient avec plus de force, plus d’ampleur. D’abord, un meeting aux portes de l’usine avec 1 000 travailleurs. Ensuite, une pétition recueillant 8 000 signatures pour la défense de la Sécurité sociale. Enfin, 12 000 signatures pour une prime.

Lors des grandes manifestations des 17 mai 1967 et 1er mai 1968, pour la première fois depuis de nombreuses années, ceux de Citroën se retrouvaient derrière la banderole de leurs organisations syndicales.

C’est cela, ajouté aux autres raisons d’ordre économique et politique qui fait que mai-juin 1968 a été possible chez Citroën.

C’est ce travail tenace des communistes luttant pour une orientation visant à mettre en action la masse des travailleurs et toutes les victimes des monopoles qui a permis les grandes luttes populaires de mai 1968

Le renforcement du Parti.

Dans ces conditions, l’on comprend pourquoi les travailleurs de Citroën rejettent les théories sur le « cultes de la spontanéité » sur la « prise de train en marche » sur les « appareils sclérosés » car ils ont fait l’expérience du rôle déterminant qu’ont joué et que jouent les communistes et leur organisation à l’entreprise. C’est pourquoi aussi, ils rejettent les théories qui conduisent à la liquidation des principes d’organisation du Parti dont ils ont pu mesurer l’efficacité tout au long des batailles qu’ils ont eues à mener.

Aujourd’hui, les travailleurs de Citroën sont présents dans l’action, et de grandes possibilités existent pour renforcer le Parti afin de mener toujours mieux les luttes économiques, politiques et idéologiques.

Déjà des progrès sensibles sont réalisés. Depuis le XVIIIe Congrès, 160 travailleurs de toutes catégories, jeunes, femmes, immigrés, ont rejoint les rangs du Parti dans le 15e. Maintenant, il est possible de prendre la parole à la porte de l’usine ou de faire signer des motions de solidarité avec nos frères du Vietnam, ou comme ce fut le cas pour la campagne de soutien au candidat du Parti lors de l’élection présidentielle ou 1 000 travailleurs de Citroën XVe ont appelé à voter pour notre camarade Jacques Duclos.

Nos tracts sont hebdomadaires. Avec le journal imprimé, le Parti dispose de moyens importants pour faire connaitre notre politique, nos propositions de nationalisations démocratiques.

« Rien n’est plus comme avant », disons-nous chez Citroën. Cette affirmation se vérifie dans les faits.

Vendre la Vie Ouvrière dans l’usine, distribuer le tract du syndicat, s’adresser aux travailleurs dans les restaurants du Comité d’entreprise, sont choses maintenant coutumières. Organiser les luttes pour les revendications, en consultant les travailleurs sur les meilleures formes d’action est maintenant pratique courante. Aussi n’est-il pas étonnant que les débrayages soient suivis par 80 à 90% des travailleurs dans tel ou tel atelier.

Chaque jour, il se passe quelque chose chez Citroën : soit l’on recrute au syndicat, soit l’on collecte aux portes de l’usine pour soutenir les travailleurs d’Espagne en lutte.

Certes, la direction de Citroën veut parer les coups. Elle modifie sa tactique ainsi qu’en témoigne la création d’un « syndicat maison » affilié à la C.F.T. et qui est dirigé par des hommes dévoués aux monopoles.

Mais ce qui est essentiel aujourd’hui, ce sont les aspects positifs de la situation et les progrès du mouvement ouvrier.

Ces progrès ont trouvé leur prolongement dans la conférence de section qui a effectué un examen approfondi du projet de thèses. Les communistes de Citroën, en faisant le parallèle avec les questions posées par la politique antisociale et antinationale de Citroën-Michelin ont pu vérifier la justesse de la politique du Parti.

C’est pourquoi unanimement ils ont approuvé le projet de thèses et repoussé la ligne révisionniste préconisée par Roger Garaudy.

Pour terminer, permettez-moi de vous signaler la présence à notre Congrès, pour la première fois depuis longtemps, de deux délégués venant des usines Citroën, car cela aussi est un signe des temps nouveaux pour les travailleurs de Citroën.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article