1944 - 2014 : Hommage aux FTP-MOI

17 Août 2014 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Histoire - Notre mémoire

140817_stele_FTP_MOI.jpgGuy Poussy, ancien membre - entre autres - du Comité central du PCF, a publié sur ses pages internet ces textes de Georges Marchais et Henri Rol-Tanguy, prononcés à l'occasion de l'inauguration de la stèle en l'honneur des FTP-MOI en 1989.

Ils nous semblent oppotuns et importants à relire. Nous nous associons à son exhortation à honorer la mémoire des FTP-MOI, et à rappeler leur engagement exemplaire, 70 ans après la Libération de Paris.

 

 

 

Pour le 70ème anniversaire de la Libération de Paris et de sa Banlieue.

Allons fleurir la stèle FTP/MOI au cimetière du Père Lachaise à Paris.

 

 

Le 20 mai 1989, lors de l’inauguration de la stèle, Georges Marchais déclarait :

… Ces héros, ces martyrs n'étaient pas nés dans notre pays. Juifs, ou révolutionnaires - et, bien souvent, juifs et révolutionnaires, ils avaient dû fuir leur patrie parce que le fascisme les en avait chassés. Ces Français de préférence, ces étrangers et nos frères pourtant (...) qui criaient la France ! en s'abattant, comme l'écrira Aragon, avaient pour noms Epstein, commandant militaire des FTPF et des FTP-MOI de la région parisienne, fusillé ; Miret-Must, créateur des premiers groupes de FTP-MOI, mort sous la torture ; Manouchian, commandant des FTP-MOI de Paris, fusillé ; Joseph Boczov, fusillé ; Rayman, valeureux combattant FTP, fusillé ; les trois frères Fontano, fusillés ; Vasili Borik, officier de l'Armée rouge, prisonnier évadé, fusillé.

C'était les vingt-trois fusillés de l'Affiche rouge, les cinquante-trois fusillés de la section communiste juive, et tant et tant d'autres. (…)

Il y a deux siècles, la Révolution française accueillait déjà des hommes venus d'au-delà de nos frontières (…). La France s'honorera toujours de recevoir dans son sein et sous ses drapeaux ces soldats de la liberté qui viendront s'y ranger pour la défendre. Quelle que soit la patrie, ils ne seront jamais étrangers pour elle

(…) C'est donc tout naturellement que, à peine créé, le Parti communiste constitua un organisme spécifique permettant de développer l'action solidaire des travailleurs français et immigrés. Ce fut d'abord, en 1924, la «section de main-d'oeuvre étrangère », la MOE, qui deviendra en 1936 la MOI, « section de main d'œuvre immigrée ». A la même époque, les étrangers de même origine pouvaient également se retrouver dans des sections spécifiques de la CGTU.

Ces organisations ont joué un rôle majeur dans l'intense activité de solidarité qui s'est développée dans les années vingt en direction des antifascistes italiens qui fuyaient la dictature de Mussolini, ainsi que des exilés polonais ; puis, dans les années trente, en direction des antinazis allemands et des innombrables victimes des persécutions antisémites qui se déchaînèrent en Europe centrale et du Sud. (…)

.Nombre de ces hommes et de ces femmes arrivant en France trouvaient leur premier point d'appui au Comité antifasciste international, qui avait son siège là où se trouve aujourd'hui l'immeuble de notre Comité central. C'est de là que beaucoup partirent rejoindre, aux côtés de leurs camarades français, les Brigades internationales en Espagne.

Lorsque Franco l'emporta, au début de 1939, la plupart de ces combattants étrangers, repliés en France, y furent internés avant de connaître la déportation en Allemagne. Il y a ainsi eu cinquante ans, en avril dernier, que fut implanté à Gurs le premier camp de concentration en France. D'autres suivirent, tels les camps du Vernet dans l'Ariège et celui d'Argelès, dans les Pyrénées-Orientales. Fin 1939, ces militants étrangers furent rejoints dans ces camps par des communistes arrêtés, puis fin 1940, par des milliers de juifs. Au milieu de difficultés inextricables, des liens de solidarité plus forts encore se nouèrent ainsi entre ces victimes de la barbarie nazie de toutes nationalités. (…).

Notre parti constitua alors des organisations groupant les communistes de telle ou telle nationalité. Et, très vite, les exigences conduisirent à la formation de détachements de combat armés, les FTP-MOI dans lesquels se retrouvaient communistes et sympathisants d'origine immigrée.(…). Avec la section communiste juive, qui menait une activité de premier ordre, toutes ces unités de nationalités différentes exerçaient leurs activités en relation étroite avec la direction des FTPF, particulièrement avec Albert Ouzoulias et Henri Rol-Tanguy en Ile-de-France. Les dirigeants du Parti communiste, Jacques Duclos et Benoît Frachon, suivaient de façon constante l'ensemble de l'action des FTPF dont Charles Tillon était le responsable.

Avec un héroïsme sans pareil, ces hommes et ces femmes engagèrent le combat les mains nues, sans armes, sans argent, sans logement, sans papiers d'identité. Tout ce que cette lutte avait de terrible pour les patriotes français résistants prenait pour ceux qu'on appelait « les étrangers » des dimensions surhumaines.

Comme les autres communistes et FTPF, comme les forces diverses de la Résistance, ils payèrent un lourd, un très lourd tribut à la cause de la liberté.

C'est ainsi qu'en 1943, alors que les Alliés reprenaient l'initiative sur tous les fronts (…) la Résistance intérieure reçut des coups très durs. Jean Moulin, délégué du général de Gaulle et président du Conseil national de la Résistance, fut arrêté à Lyon avec plusieurs de ses compagnons et assassiné. Pierre Brossolette tomba également. Après Pierre Sémard, Gabriel Péri et tant d'autres dirigeants de notre parti, ce furent Danielle Casanova, France Bloch, Arthur Dalidet, Félix Cadras qui, avec de nombreux responsables communistes, furent arrêtés, torturés, déportés, fusillés. En région parisienne, les compagnies FTPF dont la compagnie FTP-MOI, subirent une répression féroce. (…) Depuis la Libération, un hommage mérité a été rendu en permanence aux combattants FTP-MOI, le Parti communiste et ses éditions ont publié de nombreux livres et brochures qui leur sont consacrés. « L'Humanité » et nos autres journaux leur ont souvent rendu hommage. Dans de nombreuses municipalités ayant un maire communiste, des plaques commémoratives, des stèles, des noms de rues perpétuent leur souvenir. (…)

Ce combat,( celui de la solidarité avec nos frères immigrés) nous le menons pour l'égalité des droits et des devoirs, pour conquérir ensemble de nouveaux acquis sociaux, économiques, démocratiques et culturels. Nous le menons contre la haine raciste - qu'elle vise les Maghrébins, les Africains, les Juifs, les Asiatiques - qui va parfois jusqu'au crime, comme nous venons d'en avoir à nouveau la révoltante expérience.

Ce combat est le combat de la liberté, des droits de l'homme, de la dignité humaine…

 

HENRI ROL-TANGUY, ancien commandant des FFI de la région parisienne lors des combats de la libération déclarait :

C'est au nom des survivants du long combat de nos camarades des FTP-MOI tombés au service de la France, commencé en Espagne en 1936 et achevé en 1945 en Allemagne, que je viens saluer leur mémoire, en fidèle compagnon d'armes. (…)

C'est d'abord, dans les Brigades internationales, que se sont soudés les liens fraternels, et que s'est forgée la volonté de combattre le même ennemi : le Reich hitlérien, bourreau des peuples et fauteur de guerre. Ainsi, dans la France battue et occupée en 1940, se sont retrouvés des hommes aguerris, engagés aux côtés des patriotes et de jeunes volontaires. Avec eux, et à l'appel du Parti communiste, est née la Résistance sur le sol national. (…)

En ce mois de mars 1942, les nazis ont perdu leur arrogance et, de leur propre aveu, 1 500 000 hommes sur les fronts soviétiques. Dans la région parisienne, depuis juillet 1941, les actions contre l'occupant se multipliaient.

Le Haut Commandement allemand à Paris décide alors de monter un procès public (…) et fait comparaître sept francs-tireurs des Bataillons de la Jeunesse de Paris, arrêtés depuis quatre mois. René Hanlet, Acher Semhaya, Robert Peltier, Christian Rizo, Tony Bloncourt, Pierre Milan, Fernand Zalnikov. L'acte d'accusation leur imputait 34 opérations de guerre. (…)

A défaut de pouvoir abattre les idées, les nazis allaient fusiller nos jeunes héros, au Mont Valérien, le 9 mars 1942. (…)

15 avril 1942. C'est le procès dit de la « Maison de la Chimie » : vingt-six combattants sans uniforme, et deux femmes. Ils ont infligé des pertes sensibles à la Wehrmacht. Ils ne seront que vingt-sept au procès. Le 28ème, Miret-Must ; fondateur des groupes francs FTP-MOI, est mort sous la torture. Le 27ème, Pierre Touati est sur une civière, les deux jambes brisées lors d'une tentative d'évasion. Vingt-cinq seront condamnés à mort : André Kirschen, quinze ans et demi, sera déporté. Karl Schoenhaar, dix-sept ans et demi, fils d'un député communiste allemand assassiné par les nazis, s'en glorifiera : Je mourrai comme mon père, pour la liberté, pour la France et pour l'Allemagne. Marie-Thérèse Lefèbvre est déportée, Simone Schloss, décapitée, le 2 juillet 1942, à Cologne. Tous diront au tribunal: Nous mourrons au cri de Vive la France ! Yves Kermen déclarera, au nom de tous : Notre cause est juste. Notre mort n'arrêtera pas la lutte ; au contraire, elle fera se lever à notre place des centaines de nouveaux combattants.

Ils étaient vingt-trois, fusillés au Mont-Valérien, le 16 avril 1942. Le 30 mai, Jacques Decour les rejoindra. Dans sa dernière lettre, il trace d'un trait simple et grand, la valeur et l'ampleur du combat, du sacrifice consenti : J'aurais bien pu mourir à la guerre, écrit-il à ses parents. Aussi, je ne regrette pas d'avoir donné un sens à cette fin. (…). L'année 1943 allait concrétiser bien des espoirs. La Sicile et l'Italie du Sud, la Corse sont libérés. Les armées soviétiques s'élançant de tous les fronts depuis Stalingrad, détruiront dix-sept divisions blindées nazies à Koursk, libéreront Kharkov, Smolensk, Kiev... Sur les fronts de France, les actions des FTP, des maquisards renforcés par les réfractaires au STO, l'organisation des FFI qui unira, dès 1944, toutes les forces de la Résistance, préparent efficacement l'insurrection nationale.

Les nazis vont alors reprendre l'idée d'un procès public; dans l'impossibilité de détruire la Résistance, ils vont tenter de la diviser. Ce sera le procès dit de l'Affiche rouge. La Résistance focalisée sur les étrangers et les juifs. La propagande nazie est aux abois: Elle n'a pas compris que la solidarité du peuple français pour les FTP-MOI était une des forces vivantes, fraternelles, de la Résistance.

Le 17 février 1944, à l'Hôtel Continental à Paris, vingt-trois FTP-MOI ayant participé à cent cinquante actions, de janvier à novembre 1943, défiaient la cour martiale. Cinq Italiens : Spartaco Fontano, Antonio Salvadori, Cesare Luccarini, Rino Della Negra, Amedeo Alfonso. Deux Arméniens : Missak Manouchian et Arpen Tavitian. Un Espagnol : Celestino Alfonso. Un Polonais : Stanislas Kubacki. Douze combattants juifs de nationalités différentes : Joseph Boczov, Emerio Glasz, Thomas Elek, Marcel Rayman, Szlama Grzywack, Willy Szapiro, Maurice Fingerweig, Wolf Wajsbrot, Léon Goldberg, Jonas Geduldik, Robert Witchitz, Olga Bancic. Deux Français : Roger Rouxel et Georges Cloarec.

Le 21 février, ils tomberont au Mont-Valérien, sous les balles nazies, en soldats de la Résistance. Olga Bancic sera décapitée, le 10 mai 1944, à Stuttgart, jour de son anniversaire ; elle avait trente-deux ans ! (…)

Le verdict n'avait qu'un seul but : faire peur et diviser la résistance. Ce fut un échec retentissant. L'Affiche rouge se couvrit d'inscriptions : « martyrs », « Morts pour la France » (...) Le combat, le défi des vingt-trois, leur courage, furent exaltés par la presse de la Résistance : L'Humanité, la Vie Ouvrière, France d'abord, les Lettres françaises, la Vie de la MOI, l'UJRE.

Le Parti communiste demanda au CNR de publier un manifeste... Louis Aragon immortalisera les vingt-trois (…) J'ai maintenant un fraternel devoir à remplir : saluer la mémoire d'un FTP-MOI légendaire, fusillé le 11 avril 1944, Joseph Epstein, le colonel Gilles, mon camarade au commandement des FTPF de la région parisienne, jusqu'à ma mutation à l'état-major des FFI,

Je salue la compagne du colonel Gilles, notre amie Paula Epstein ; son courage, sa modestie inspirent un profond respect, notre fraternelle amitié ; elle est des nôtres (…).

Lise Ricol-London est là, avec nous. Elle est pour tous les FTP, ses frères, un exemple de courage et de caractère.

Déportée, elle nous est revenue, avec son mari, Arthur London, notre regretté camarade, dirigeant des FTP-MOI avant d'être le responsable du TA, le travail allemand, des héros obscurs dans le sein même de la Werhmacht.

Ils sont honorés en République démocratique allemande; en France, la Résistance ne les oublie pas ! (…)

Garibaldiens, guérilleros espagnols, prisonniers soviétiques évadés, patriotes hongrois... et tant d'autres, vous avez renoué avec les traditions révolutionnaires de vos peuples et les exploits de vos anciens, des Armées de la Grande Révolution française, des francs-tireurs de 1871, de la Commune de Paris et des Brigades internationales d'Espagne!

Dans Paris insurgé, en août 1944, Soviétiques, Italiens, Polonais, Roumains, Bulgares, Yougoslaves, Tchécoslovaques... enfin vous tous qui aviez dans Paris une ambassade de votre pays, vous avez reconquis ce coin de terre qui symbolise la Patrie...

Et vous y avez arboré vos couleurs nationales, mêlées aux drapeaux de la République française délivrée par le commun combat !

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