22 octobre 1941 - 22 octobre 2013: 72ème anniversaire de l'exécution de Charles Michels, député communiste du 15ème par les nazis.

21 Octobre 2013 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Histoire - Notre mémoire

Le 22 octobre 1941, CHARLES MICHELS, député communiste du 15ème, était exécuté avec 26 de ses camarades par l'occupant allemand à Chateaubriant, dont Guy Môcquet. 

Nous reproduisons ci-dessous le témoignage, magnifique hommage, de notre camarade Jean Roger (1911 - 1989), dirigeant du PCF Paris 15ème, ancien conseiller de Paris communiste et ancien résistant et déporté lui-même, publié en 1962 dans les "Nouvelles du 15ème", alors notre journal local.


 

 

 

22 octobre 1941 : Jean Roger perd un grand ami et vingt-six camarades ! Jean Roger, ancien ouvrier chez SAUTER-HARLE, (conseillé municipal à et conseiller général de la Seine de 1953 à 1965) a connu Charles Michels, avant la guerre de 1939.


CHARLES MICHELS, mon ami (par Jean Roger)

Le 22 octobre 1941, revenant d’un rendez-vous clandestin dans le 14ème, un titre frappe mes yeux dans un journal « collabo » : 27 fusillés en réponse à l’exécution à Nantes, d’un officier allemand . Le cœur se serre à cette annonce mais lecture faite, c’est la stupeur, la douleur qui m’étreignent : Charles Michels, Jean-Pierre Timbaud… les autres… Mes camarades, mes copains, mes amis… Bien des morts ont jalonné le combat de la résistance à l’oppression, bien des noms, des visages ont disparu ; bien des vides enregistrés au retour de déportation. Mais Charles Michels, Jean-Pierre Timbaud, cela a été et reste un grand, un immense vide.

Pour gagner les quelques sous dont la maman avait besoin

Dans quelques jours 21 ans auront passé depuis l’exécution. Je revois la silhouette vigoureuse, athlétique de Charles, sa chevelure blonde ondulée, son sourire, son regard un peu de biais qui lui laissait une légère ride sur le côté gauche de l’œil, son faciès de boxeur qui était le résultat de combats qu’il avait livrés, tout gosse, pour gagner quelques francs qui devaient aider la maman à nourrir ses frères et sœurs à la maison. Quand on plaisantait sur son nez écrasé, Charles, bonhomme, disait : « qu’est ce qu’il ne faut pas faire pour gagner sa vie » et partait de son franc éclat de rire. Oui, qu’est ce qu’il ne t’a pas fallu faire pour gagner le pain de la famille, mon cher Charles, et combien cette boutade montrait ta sensibilité à l’égard des tiens, de ta mère dont tu parlais toujours avec émotion et respect.

Un élu communiste 

Cette sensibilité, cet amour du prochain animait Charles Michels dans tous ses actes de parlementaire. Quand le dimanche matin il était libre, on le voyait dans le 15ème arrondissement, arpentant les rues, discutant, expliquant. Combien de fois, ensemble avons-nous parcouru la rue du Commerce de la Motte-Piquet à l’église de Grenelle. C’était une véritable équipée. A peine avions-nous fait quelques mètres dans la rue que les gens du quartier avaient repéré la silhouette sanglée dans la gabardine bleue de Charles. On se passait le mot : le député est là, on venait à lui, on l’interpellait du seuil des boutiques. C’était un renseignement, une explication, une démarche à demander ; sans se départir de son sourire, Charles Michels leur expliquait, conseillait, enregistrait sur un petit calepin qu’il avait toujours sur lui. Doué d’une grande mémoire, quand il reconnaissait quelqu’un pour lequel il était intervenu, il s’enquerrait des suites données à la requête dont on l’avait chargé, si la réponse avait tardé il disait : « Bon, on va recommencer, il faut secouer la poussière des bureaux ». Combien il était heureux d’obtenir quelque chose pour tous ces simples gens de l’arrondissement, comme il se sentait responsable devant eux !

Sans t’en douter, Charles, et sans que je m’en doute moi-même à l’époque, quelles leçons tu m’as données sur le rôle d’un élu communiste.Si Charles Michels aimait les humbles, les travailleurs, les petites gens, ceux-ci le lui rendaient bien. Pas un compte-rendu de mandat fait par lui sans que les gens s’y pressent nombreux. Rue Saint- Charles, place du Commerce, rue Fondary, les préaux étaient toujours pleins, du monde dans les couloirs, dans la cour. Charles avait une façon bien à lui de capter son auditoire. Il rendait simples les problèmes les plus compliqués par un langage direct, sans emphase, accessible à tous. Gamin de Paris, il avait le parler primesautier, gentil, moqueur mais jamais vulgaire, où les images ironiques, savoureuses faisaient rire aux larmes l’auditoire toujours captivé. La réunion terminée, les consultations commençaient. On venait à lui pour pousser une discussion soulevée, ou bien pour un cas personnel que le compte-rendu du député avait enhardi à lui poser, Charles Michels sortait son fameux calepin et prenait note. Quelle tendresse dans sa voix quand timide, une personne âgée venait à lui : « Alors, grand-mère, qu’y a-t-il pour votre service ? ». A nous qui lui disions, « Tu n’es pas fatigué », il répondait en riant : « Si, mais qu’est ce que ça fait, c’est mon travail ! ».

 

La bataille pour la classe ouvrière, pour le pays

Que de souvenirs à évoquer concernant Charles Michels. Il faudrait des colonnes pour le faire. Il y eut, en octobre 1936, la grève des « gourmets » où la police assiégeant et attaquant les locaux de la rue Violet, Charles Michels accompagnait les blessés, - il était blessé lui-même d’ailleurs – à l’usine métallurgique voisine de Sauter-Harlé. Nous (je dis cela parce qu’alors j’étais chez Sauter-Harlé) étions aussi en grève. Ensemble le lendemain nous partions en délégation auprès du ministère de l’intérieur, Roger Salengro, pour protester contre les brutalités policières.

Il y eut après Munich la manifestation partant du Patronage Laïque, parcourant la rue du Commerce, la Motte-Piquet, l’avenue Charles Floquet et se rendant, après plusieurs heures avec la foule à l’Ambassade Tchécoslovaque, Charles Michels, Jean-Pierre Timbaud en tête. Notre dernière discussion eut lieu le soir de la saisie de « l’Humanité » et de « Ce Soir » après le pacte de non-agression germano-soviétique, en août 1939. Longtemps, à quelques-uns nous parcourions la rue de Vaugirard, discutant tout comme si nous ne pouvions nous résoudre à la séparation. Je me rappelle les dernières paroles de Charles, me serrant la main, : « Ne t’en fais pas ça sera dur, mais on les aura ! ».

Oui, Charles on « les » a eus, et pour cela, tu as donné ta vie. Mais le combat n’est pas fini. Va, Charles Michels, tu as pour ceux de ma génération, ceux plus âgés, l’exemple qui nous inspire ; pour les jeunes qui ne t’ont pas connu, tu seras aussi l’exemple car nous nous devons de leur expliquer ce que tu étais : un ouvrier, un homme dans toute l’acception du terme, un Français, un ami.

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