70ème anniversaire du massacre d’Oradour-sur-Glane - Témoignage de Camille Senon

10 Juin 2014 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Histoire - Notre mémoire

 

70ème anniversaire du massacre d’Oradour-sur-Glane

Pcf Paris 15, 10 juin 2014

 

Après le débarquement du 6 juin 1944, la division allemande SS « Das Reich » déployée jusqu’alors dans le Sud-Ouest est envoyée combattre en Normandie. Dans son ordre de mission, figure aussi, au passage, de réprimer la Résistance et d’intimider les populations. Dans cette œuvre sinistre, la division « Das Reich » se distingue par l’exécution de 99 otages à Tulle le 9 juin. Le 10 juin, elle perpétue le massacre de la quasi-totalité de la population du village d’Oradour-sur-Glane, 642 personnes, fusillées ou brulées vives, hommes, femmes et enfants. Avec le nazisme, la barbarie et le sadisme sont organisés et pensés comme un mode d’action. A Oradour, les SS reproduisent un schéma méthodique mis au point et expérimenté dans des centaines de localités en URSS ou à Lidice en Tchécoslovaquie.

140610_senon_oradour.jpgNous reproduisons ci-dessous le témoignage d’une des rares rescapées d’Oradour, notre camarade Camille Senon, telle qu’elle a été interviewée par l’Humanité en 1994 (voir aussi dans l’Huma de ce jour le témoignage de Raymond Hébras). Elle a perdu son et une douzaine de membres de sa famille dans le massacre. Elle fait partie des quelques personnes rentrées assez tard de Limoges en tramway pour ne pas pouvoir regagner le village en feu. Camille Senon est devenue après-guerre, et restée jusqu’à l’aube des années 80, une militante et dirigeante importante de la CGT et du PCF aux Chèques postaux dans le 15ème et à la fédération CGT des PTT.

Elle continue encore et toujours d’accompagner, à 89 ans, des groupes, notamment des jeunes, à Oradour. Elle a exprimé publiquement récemment son effroi devant la montée du FN à Limoges mêmes – 17% aux municipales – le Parti de ceux qui minimisent les crimes nazis.

Elle continue à demander, comme les autres survivants, comme les associations, que toute la lumière soit faite sur l’origine du massacre et les donneurs d’ordres.

La plupart des criminels sont restés impunis, à l’exception d’un seul jugé par la RDA. Après la réunification, la RFA lui a accordé une pension de victime de guerre !

Oradour-sur-Glane : le pardon est impossible ! La vérité doit être faite !

 

 

« Nous voyions le village brûler devant nous » - Interview de Camille Senon, dans l’Humanité du 8 juillet 1994

 

 

 

MARIE-CAMILLE SENON rentrait ce soir-là chez ses parents, comme tous les samedis, au hameau du Repaire, tout près d'Oradour. Après une semaine de travail, la jeune fille prenait le tram, qui assurait trois fois par jour la liaison Limoges - Saint-Junien avec halte à Oradour. Lorsque Marie-Camille est arrivée à la gare de Limoges, au milieu de l'après-midi, il y avait bien des signes que quelque chose n'allait pas à Oradour-sur-Glane. Au point que, jusqu'au dernier moment, nul ne savait si le voyage allait être assuré. En début d'après-midi, un tram de manœuvre avait essuyé des rafales de mitrailleuses avant d'arriver au village, et le conducteur avait eu juste le temps de repartir au plus vite à Limoges. Avec, à son bord, un ouvrier tué. Impossible d'en apprendre davantage: les lignes téléphoniques étaient coupées.

Malgré cette situation inquiétante, après bien des hésitations, le tram partit. A cinq cents mètres avant l'arrivée, les SS stoppèrent le tramway.

«C'était le soir, se souvient Marie-Camille, et nous sommes restés longtemps à attendre devant Oradour qui brûlait devant nous. C'était comme irréel, nous voyions les flammes sortir du clocher de l'église. Nous entendions des rafales de mitraillettes. Nous avons vu des soldats incendier des fermes qui bordaient le village. Ils lançaient des objets et tout s'embrasait immédiatement, c'étaient des grenades incendiaires ou des plaquettes de phosphore.»

Les Allemands ont fait descendre les voyageurs pour Oradour et ont renvoyé le tram en direction de Limoges.

«Nous étions vingt-deux, dont quatre enfants. Nous avons été conduits à travers champs, après avoir traversé la Glane sur des troncs d'arbre, dans une ferme qui servait de PC aux Allemands. Il était environ 7 heures du soir. Nous ne savions pas encore que tous les habitants avaient été tués. Cela ne coupait pas l'appétit de sept ou huit SS attablés dans la cour, qui se tartinaient de larges tranches de pain avec des rillettes trouvées sur place (nous étions en pleine période où l'on tuait les cochons avant les foins).»

Marie-Camille se souvient d'un Alsacien (reconnaissable à son excellent français) qui lui a montré une grenade américaine et prétendu qu'on en avait trouvé dans toutes les maisons.

«L'homme ajouta que les femmes et les enfants brûlaient dans l'église. L'angoisse augmentait toujours. Nous échangions peu de paroles entre nous. Les soldats nous narguaient, nous disaient que nous allions mourir. «Vous avez peur, tout le monde a été tué», nous a dit l'un d'eux. Près de nous, ils creusaient une fosse, cependant que d'autres SS nous encerclaient.»

«Vers 22 heures, un officier est arrivé, visiblement surpris de nous voir en vie. Il nous a demandé nos papiers, qu'il n'a même pas regardés. Pourquoi nous a-t-il laissé repartir, je l'ignore. Peut-être pensait-il que nous n'avions rien vu...»

Marie-Camille Sénon avait perdu ce jour-là son père, son grand-père, tous ses cousins, son oncle, qui tenait le café du Chêne. Sa mère, en visite ce jour-là chez sa sœur, à quinze kilomètres de là, n'a pu traverser Oradour, déjà en flammes lorsqu'elle voulut rentrer le soir au Repaire.

Plus tard en 1953, Marie-Camille Sénon sera citée à comparaître comme témoin au procès de Bordeaux jugeant les treize Alsaciens et les... Allemands qui avaient participé au massacre. Elle se souvient s'être vu reprocher sournoisement son appartenance au Parti communiste français, ce qui mettait en doute son objectivité... On sait ce qu'il advint des accusés de Bordeaux, amnistiés par l'Assemblée nationale, à la seule exception de tous les députés communistes français et des députés socialistes du seul Limousin. Jusqu'en 1965, la liste des députés ayant voté cette honteuse amnistie était affichée à l'entrée du village martyr. Pour mémoire.

 

Propos recueillis par Jean-Paul Piérot. 

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