Ce que signifie l’alignement du PCF sur le PS à Paris et comment y faire face

29 Octobre 2013 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Actualités du PCF

Ce que signifie l’alignement du PCF sur le PS à Paris et comment y faire face

PCF Paris 15, 25 octobre 2013

Sans surprise, la direction du PCF 75 a fait ratifier son choix pour les municipales à Paris lors de sa consultation interne des 17,18 et 19 octobre.

La signification de cette décision dépasse largement l’importance modeste de la fédération de Paris dans le PCF. Elle illustre au grand jour l’impasse de la stratégie poursuivie par la direction nationale, son éloignement du mouvement des luttes, de la construction de la riposte à la politique au service du capital. Elle laisse voir la menace portée sur l’avenir même du Parti.

 

57% des votes des adhérents collectés par les directions de section sont allés vers la présence dès le 1er tour sur les listes du PS derrière Anne Hidalgo. 43% sont allés vers des listes autonomes au 1er tour, avec le Front de gauche, suivant Mélenchon.

Ce résultat a été préparé des mois durant. La consultation interne a été décalée de juin à octobre à cette fin.

Entre temps, l’équipe d’Anne Hidalgo et la direction du PCF Paris se sont accordées sur une répartition des places de conseillers de Paris (sur les dépouilles prévisibles d’EELV). Hidalgo assure à l’appareil du PCF-Paris 13 places de conseillers de Paris, soit 5 de plus que les élus de 2008*, avec les postes d’adjoints et de collaborateurs correspondants. Cela a constitué l’argument décisif mis en avant par les futurs élus et la direction du PCF 75.

131029_PL_JLM2.jpgMélenchon et ses amis n’ont pas été en reste dans la période. Ils ont soigneusement multiplié les agressions et les insultes à  l’égard de la direction du PCF et des communistes, localement et nationalement. Leur discours promettait à Paris d’interminables négociations de boutiquiers, dignes de ces vétérans de l’UNEF-ID, toujours pour des places. Tout pour rendre indésirable toute alliance avec eux !

 

L’impact de cette décision est national pour trois raisons. 1° Paris est la capitale. 2° Delanoë et Hidalgo pratiquent le social-libéralisme le plus proche de celui de François Hollande (leur suivisme sur les rythmes scolaires vient de confirmer cette proximité). 3° Pierre Laurent a cru bon de s’engager personnellement, publiquement et avec insistance pour le choix retenu, ce que n’a pas manqué d’utiliser Mélenchon.

 

Ce choix montre un PCF inféodé à la social-démocratie, des dirigeants, comparables à ceux des autres partis, avides de places. L’image est déplorable. Rien n’est venu la corriger. Les mois passés n’ont pas été utilisés pour pousser le débat sur le fond. Un vague programme est arrivé, par internet, le lendemain de la désignation des chefs de file par arrondissement, de la répartition des places éligibles, le 7 septembre. Aucun bilan des mandatures Delanoë-Hidalgo et des positionnements des élus Front de gauche n’a été soumis à la discussion. Juste des affirmations verbales relevant de la méthode Coué.

Tout vérifie déjà que les futurs élus PCF-FdG vont continuer à jouer le rôle de caution de gauche de l’équipe Hidalgo. Ian Brossat, chef de file des candidats PCF-FdG, intégré avec flatterie dans l’équipe, se prévaut d’un accord avec le PS dont le point principal est un objectif de 30% de logements sociaux … en 2030. Même le moins renseigné sait que l’on vote pour une mandature allant jusqu’en 2020 !

Depuis 2001 et 2008, les conditions de logement des travailleurs parisiens se sont encore dégradées, pas seulement bien sûr du fait de la municipalité. Mais cela implique d’être objectif et non électoraliste.

Sur les 70.000 logements sociaux que la municipalité sortante se prévaut d’avoir « produits », une grande partie existait déjà et a été rachetée au prix cher. Bien souvent, il ne s’est agi que du conventionnement de logements dont les loyers étaient déjà modérés. En revanche, les programmes d’aménagement publics ont laissé la part belle au logement privé et à la spéculation. Nommé président de la Sempariseine en 2012 par Delanoë, M. Brossat couvre deux des opérations spéculatives des plus indéfendables, les Halles et Beaugrenelle. Il avait déjà mouillé la chemise pour défendre l’arrangement entre Delanoë, l’UMP et Jacques Chirac à propos des emplois fictifs.

Cet article n’a pas pour objet d’établir le bilan exhaustif des mandatures Delanoë. Il est incontestablement plus « libéral » que « social ».

 

L’engagement des directions nationale et locale du PCF derrière le PS à Paris occulte la diversité des configurations dans les autres villes. Il montre, à l’occasion des municipales, l’absence de cohérence politique nationale du PCF, du moins de cohérence compréhensible, sinon avouable, de la cohérence nécessaire pour la riposte à la politique du capital.

Cette situation, ces embrouilles politiciennes interminables, discréditent gravement notre Parti. D’autant plus que la poursuite de la stratégie du Front de gauche continue d’être mise à l’ordre du jour, comme Pierre Laurent ne cesse de le réaffirmer.

La direction du PCF a inventé la formule du Front de gauche en 2008, après l’échec des collectifs anti-libéraux, pour poursuivre le processus d’effacement du Parti et de ses positions révolutionnaires, entamé au moins depuis la « mutation » des années 90. A cette fin, elle a choisi alors d’aller chercher Jean-Luc Mélenchon avant de l’introniser à l’élection présidentielle.

Avec la préparation des municipales, les conséquences de cette stratégie mortifère éclatent.

Par intérêt et par anticommunisme latent, Mélenchon et les autres partenaires du Front de gauche ne font pas de cadeau à l’appareil du PCF. Au contraire, ils l’attaquent impitoyablement. Mélenchon vient de traiter allègrement Pierre Laurent de « menteur » (sur ITV le 20 octobre). Suivant l’exemple de son mentor Mitterrand, il se livre au débauchage public des électeurs et des adhérents du PCF. Il se joue de toutes ses contradictions, dont le maintien d’un grand nombre d’élus communistes dans le pays.

Depuis les années 90, la direction du PCF a délibérément fait le choix de donner la priorité à la présence dans les institutions sur l’action dans les luttes, aux dépens de l’organisation de classe. Cette ligne politique a considérablement renforcé la place des élus dans le Parti, devenue prépondérante structurellement, la satellisation au PS, aussi le dévoiement de la conception du rôle des élus communistes. Au bout de 20 ans de ce processus, on se retrouve avec de jeune gens comme Ian Brossat devenu président de groupe au Conseil de Paris sans jamais avoir été secrétaire d’une cellule… Mais dans le même temps, la masse des élus reste issue du parti de masse, dépositaire de l’œuvre du PCF dans les municipalités.

Le sénateur PS honoraire Mélenchon ou la bruyante ex-adjointe de Delanoë, Clémentine Autain, sont les plus mal placés pour donner des leçons de morale politique sur le thème des compromissions électoralistes. Mais il en faut davantage pour les gêner !

 

La direction du PCF s’est mise dans la nasse. Qu’elle le veuille ou non, Mélenchon incarne le Front de gauche. Marie-George Buffet, Pierre Laurent, Francis Wurtz récoltent ce qu’ils ont semé en 2008, peut-être ce qu’ils ont cherché.

Pour Mélenchon, la pratique de la vocifération, les positionnements gauchistes permettent de masquer dans quelle perspective politique s’inscrit sa mégalomanie: la recomposition politicienne de la gauche avec la constitution d’une deuxième social-démocratie, le changement de premier ministre de Hollande… Il fait des avances aux dirigeants d’EELV, Joly, Mamère, Cohn Bendit, les plus pro-européens...

Cette perspective, c’est celle de toutes les composantes du Front de gauche. Pierre Laurent multiplie également les appels du pied à « l’aile gauche » du PS, mais sans trouver de Mélenchon de remplacement. Dans le Front, le PG compte bien faire porter à la direction du PCF l’intégralité des compromissions avec la social-démocratie et le système et retirer les avantages politiciens des illusions gauchistes propagées par les médias, ainsi que quelques profits électoraux.

Le PG, la FASE et cie… savent que la direction du PCF n’a pas de formule de rechange au Front de gauche pour continuer la mutation réformiste et européenne du Parti, la réduction de l’influence communiste dans le mouvement syndical. Elle ne peut pas se permettre un nouvel échec cuisant comme celui de Robert Hue en 2002 ou des collectifs antilibéraux en 2007. Voilà pourquoi, envers et contre tout, les principaux dirigeants affichent leur attachement au Front de gauche.

A Paris, le suivisme derrière le PS a suscité des états d’âme chez certains, une profonde colère chez d’autres que nous partageons. Ils n’ont eu aucune possibilité de s’exprimer réellement lors du vote interne, limité à deux choix.

Les dessous du vote à Paris laissent apparaître que l’option « Front de gauche » a été défendue par des dirigeants du PCF qui sont loin d’être les moins compromis avec le PS mais figurent parmi les partisans les plus convaincus de la disparition du PCF. Parmi eux, par exemple, Patrice Cohen-Seat, théoricien des « valises de plomb » que traînerait le Parti de la classe ouvrière. Il faut dire que la répartition des places était déjà faite et que l’issue du vote ne faisait de doute à aucun observateur averti ! La répartition des rôles pouvait suivre pour canaliser l’expression des camarades.

La stratégie du Front de gauche précipite le PCF et le mouvement social avec lui dans le mur. Les directions réformistes du PCF disent : « ENCORE ». Camarades, disons : « STOP » !

A Paris, nous avons refusé le choix entre la peste et le choléra. L’option que nous avons portée dès le début, celle de listes de rassemblement, à l’initiative du PCF, sur la base d’un bilan et d’un programme soumis par les communistes a été écartée par les directions, au prétexte que les mêmes l’avait exclue d’emblée de la discussion ! Ce n’est pas tant le score que cette option aurait obtenu qui les gênaient que l’existence pour l’avenir d’une autre perspective que la résignation à l’effacement du PCF.

Le PCF continue de représenter un repère politique, historique, irremplaçable. Le rôle de caution de gauche dont Delanoë et Hidalgo se servent, comme le rôle inversé de repoussoir que lui donne Kosziusko-Morizet, l’illustrent à nouveau.

Mélenchon utilise la contradiction entre ce que représente le PCF et la ligne de sa direction actuelle pour le réduire, utilisons-là pour le faire vivre et le développer ! C’est notre démarche depuis des années.

Pour les municipales, à défaut de cohérence nationale, nous ne préjugeons de rien, a priori, sur les situations locales. A Paris, nous poursuivrons, pendant la campagne, nos luttes locales, notre expression sur le logement, la santé, l’école, tous les services publics, les conditions de travail des personnels, les aides au patronat même lorsqu’elle s’affronte, c’est le cas général, à la politique de Delanoë-Hidalgo.

Toutes les composantes du Front de gauche, dont les Maastrichiens, seraient prêtes à se réconcilier pour défendre une opposition complaisamment critique envers l’Union européenne, juste après les municipales. Il n’est pas question pour nous que les communistes, le pays, se fassent voler le débat, se laissent empêcher de prolonger les positions historiques du PCF  contre l’UE du capital. Ne laissons pas le système canaliser l’opposition de classe à l’UE par le FN, la caricaturer, la dissocier des luttes !

Face à la politique poursuivie, profil bas, par Hollande et son gouvernement, exprimons-nous, agissons, luttons pour des propositions de rupture, pour s’opposer la contre-réforme ferroviaire, pour opposer la nationalisation démocratique à la casse de la sidérurgie, de l’automobile, de l’agro-alimentaire, pour gagner le maintien du financement solidaire de la sécurité sociale etc. en partant du vécu, salaire, chômage, pouvoir d’achat.

Tout appelle à être toujours et mieux communiste, donc à défendre et à reconstituer notre organisation de classe et de masse, loin de tout arrangement avec la démocratie bourgeoise et ses tares.

 

*En 2008, parmi les huit élus membres du PCF figuraient M. Pierre Mansat, élu dans le 20ème, adjoint de M. Delanoë, qui a aussitôt quitté le PCF avant d’être nommé par M.Sarkozy « président de l’atelier international du Grand Paris », M. Alain Lhostis, élu du 10ème, qui a rejoint dès le début l’équipe de campagne d’Anne Hidalgo, M. Jean Vuillermoz, adjoint de M. Delanoë, qui soutient aussi depuis le départ Mme Hidalgo. La réélection de ces trois sortants est-elle comprise dans les 13 places octroyées par le PS ?

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FDG69 05/11/2013 11:15


Je réponds maintenant à ZAPATA du bloc des commentaires.


En réalité, j'approuve votre point de vue, vous souhaitez y aller seul ! sauf que vos leaders vous ont berner en évitant de mettre une liste 100% communiste sur Paris.


maintenant vous cherchez des excuses auprès de responsables PG, pourquoi pas ! allant même raconter que JLM travaillerai pour le PS !! on croit rêver de voir une idotie pareille. JLM à fait
depuis 6 mois , et à la demande de ses électeurs un virage le poussant à attaquer de front Hollandréou et sa bande de clowns ! Pierre Laurent pense son Parti en terme de places et vous l'avez
sûrement compris.


De toute manière, votre souhait va être exauçé et plus jamais je voterai sur une liste où il y aura des Communistes ( ils manquent de fiabilité à gauche) , pour moi , c'est pas un drame ne
voulant pas que mon choix soit sali par une présence PS solférinienne, je voterai NPA en cas d'alliance PG / PCF ! le PCF s'est finitos.

FDG69 05/11/2013 11:04


Bonjour,


cette belle analyse du point de vue Communiste me permet de confirmer que nous n'avons rien à faire ensemble.


De toute manière nos amis communistes savent qu'a la dernière élection présidentielle, notre candidat du Front de gauche et pas seulement celui choisi par le PCF à réalisé le score de 11%. Je
rappele qu'a l'élection précédente le score était de 1.93% si mes souvenir sont exact.


Maintenant le PCF à Paris à fait le choix de soutenir la ligne Delanoé / Hollande. c'est très bien, mais çà crée un point de rupture définitif qui fera que si il y a un communiste sur la liste
Européenne , j'irai voté NPA direct au lieu de FdG.


En réalité, le sabordage du FdG va avoir un impact très profond et très durable sur la crédibilité de votre parti. Autant j'étais enthousiasme à l'idée de mener parallèlement le combat du FdG,
autant cette position de Ian Brossat vient de tout ballayer d'un seul coup.


Les communistes en hésitant sur la plateforme qu'il avait créer on détruit le FdG. Rien de moins. c'est fini.


Alors me direz-vous, c'est pas si grave puisque le grand frère socialiste veillera à nourrir et loger les camarades trop seul. Oui mais ! le PCF n'a jamais autant reculer depuis qu'il est sous
l'aile socialiste, curieusement , il n'avait jamais autant repris de couleur depuis qu'il avait choisi le FdG.


Maintenant tout çà est à terre, et les prochaine municipale de Paris ne cacheront pas le Divorce profond qu'il y a au FdG.


J'ai demander au force de gauche restante hostile aux solfériniens de monter une liste sans les communistes aux Européennes. j'espère être entendu et ainsi tenter de travailler avec les 7 groupes
restant du FdG canal Historique. l'aventure avec le PCF ne m'intéresse plus et finalement le billet du dessus le constate très bien ! Amis Communistes je vous souhaite bonne route. Maintenant est
venue pour moi l'heure de la biffurcation idéologique et politique. Plus Jamais le PS !


On se retrouve pour les résulats de Paris.

veroD20e 01/11/2013 17:38


Ne me réclamant d'aucun parti en particulier, petite-fille de militante communiste et sympathisante du Front de Gauche depuis sa création, je trouve que l' "anti Mélenchonnisme" de ce texte
apparaît de manière au moins aussi virulente que le soit-disant anticommunisme de JLM (je lis régulièrement son blog).


Dommage...


Il serait à mon humble sens plus avisé de s'occuper en premier lieu de la ligne principale du FdG: "l'Humaiin d'abord", plutôt que de s'acharner sur le PG et sur Mélenchon, à qui on reproche trop
facilement ses "éructations", mais qui me semble bien plus "irréprochable" quand même qu'un Pierre Laurent ou un Ian Brossat)


A Pierre Laurent et consorts: Libre à vous d'avoir choisi un autre bord et "bonne chance" !


Et vive les communistes autonomes, surtout


Amicalement.

isabelle 01/11/2013 08:08


cher camarades,


Dans l'ariège bien loin de Paris,nous venons de recevoir les "directives électorales",elle sont


à peu près ce que vous décrivez à Paris en pire.


Ainsi,en "province" tout comme CHIRAC en 2002,il faut rien faire de spécial,sauf déblatérer


sur l'énorme danger que constitue le front natinal.Donc ainsi que vous le faites remarquez ous voici totalement coupés de la réalité sociale économique et au fond TOUT EST POUR LE MIEUX DANS LE
MEILLEUR DES MONDES POSSIBLE,sauf BRIGOLLES ET LE fn.

ZAPATA 30/10/2013 22:35


Je ne suis ni pour l'alliance avec le PS qui est un parti de droite ultralibéral hypeatalantiste, mais je ne suis pas non plus pour l'alliance avec le PG ou le NPA qui sont des ramassis
anti-communiste qui en sous-main travaille in fine pour le PS comme on le voit à Dieppe et à Arles ou ces 2 groupuscules montent des listes contre les municipalités communistes sortantes
avec la complicité du PS local qui appelle lui les voix du FN et de l'UMP pour battre les maires communistes.