France Télévisions : après la grève du 1er tour des régionales, de premières avancées

21 Mars 2010 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #France-télévisions - audivisuel

France Télévisions : après la grève du 1er tour des régionales, de premières avancées


Dimanche 14 mars 2010, jour du 1er tour des élections régionales, les salariés de France Télévisions étaient appelés à la grève. Le mouvement a été si bien suivi, notamment à France 3, que dans plus de la moitié des décrochages locaux de 21h00, l’inusable Zorro a suppléé aux émissions électorales.

Un nouveau préavis a été déposé pour le dimanche 21 mars 2010.

Mais visiblement, la grève du 14 a porté. Le PDG, Patrick de Carolis, a consenti plusieurs concessions, importantes dans la suite de la négociation sur la restructuration de l’entreprise, devenue entreprise unique. Notamment des garanties sur l’emploi en 2010, le « forfait jour » des journalistes et des techniciens, l’évolution de carrière. La CGT et FO, après les assemblées générales des personnels, ont finalement levé le préavis pour la journée du 2ème tour des régionales.

Cette avancée montre la progression du rapport des forces dans l’entreprise et maintenant au-delà. Mais la bataille ne fait toujours que commencer. La nouvelle convention collective en discussion n’est qu’une conséquence du vaste plan, toujours en œuvre, d’affaiblissement de l’audiovisuel public, entamé en 2008 avec la sape de ses ressources financières par la suppression progressive de la publicité sur les chaînes publiques.

Nous reproduisons ci-dessous les articles et les interviews des syndicalistes CGT Jean-François Téaldi et Marc Chauvelot publiés dans l’édition du 19 au 25 mars de l’hebdomadaire communiste des Alpes-Maritimes, « le Patriote de la Côte d’Azur ».

 

Restructuration de France Télévisions : Un bordel organisé

"Le Patriote"

 

Que se passe-t-il à France télévisions ? Depuis début janvier, le groupe devenu entreprise unique, connaît des chamboulements sans précédent. Les salariés sont anxieux, puisque la nouvelle organisation peine à se doter d’une convention collective. Mais une menace pèse sur la pérennité même de l’entreprise puisqu’à ce jour, les sources de financement sensées palliées la suppression de la publicité après 20 heures, ont été invalidées par le Conseil d’Etat.

 

Avec cette refonte, les partenaires sociaux doivent négocier une nouvelle convention collective commune. Jean-François Téaldi secrétaire national du SNJ CGT, ne mâche pas ses mots : « Après six mois de négociation, on a désormais la certitude que Patrick De Carolis veut tout casser, et non pas instaurer la fameuse Constitution sociale, qu’il avait promise aux partenaires sociaux le 22 octobre dernier. » La menace est réelle : Si début juin, les négociations n’ont toujours pas abouti, pour le personnel administratif et technique, ce sera un retour pur et simple au Code du Travail qui correspond au minima légal. Jean-François Tealdi est amer : « Nous on a joué le jeu jusqu’en février puisque pendant des mois, on a amandé point par point et mot par mot leur projet jusqu’à ce qu’il nous ponde cette nouvelle grille de qualification qui casse tout. »

 

Un personnel inquiet

Aux commandes, ce sont eux, ces 700 à 800 cadres fraichement nommés (en interne) début janvier. Une véritable armée en cols blancs, chargée de piloter la restructuration. Les syndicats les soupçonnent de vouloir en découdre avec les acquis sociaux, mais par moment, les promus s’illustrent surtout par leur méconnaissance des dossiers. Une déléguée syndicale de France 3 confie avec une certaine lassitude : « Les anciens dirigeants ne sont plus responsables ; et les nouveaux ne connaissent pas encore les dossiers. Du coup, c’est le grand n’importe quoi. » N’importe quoi, comme la nouvelle affectation de certains salariés. Ici, une contrôleuse de gestion est parachutée aux Ressources Humaines bien malgré elle ; là, une secrétaire est propulsée, sans même l’avoir souhaité, contrôleuse de gestion… Vous avez dit la gabegie ? Attendez de voir ce que je vous réserve le grand déménagement…D’ici 2012, il faudra repenser 12500 m² rien que pour le siège social du quinzième arrondissement. Environ un salarié sur cinq devrait bouger physiquement de son poste…

Ainsi, le pole d’échange d’images de France 3, en lien direct avec les régions et fraichement rebaptisé « l’agence », devrait s’installer dans les actuels locaux de RFO à Malakoff, se coupant ainsi de la Rédaction Nationale avec laquelle il collabore étroitement. Ce serait dans ce cas « une aberration » selon un cadre journaliste proche du service.

 

L’insoluble financement de France Télévisions

Tout cela se déroule dans un contexte incertain concernant le financement même du groupe. Le Conseil d’Etat, a rendu une décision le 3 février dernier, selon laquelle la suppression de la publicité était un non sens économique. Jean-François Téaldi, prévient : « Par cette décision, le Conseil d’Etat explique que si les fameuses taxes destinées à remplacer la publicité ne permettent pas à France Télévisions d’accomplir ses missions ; ce serait à l’état de combler le manque à gagner. »

Alors que l’inquiétude est à son comble, les relations entre les syndicats et Patrick De Carolis se sont gâtées. Le Président du groupe, dont le mandat expire en aout, est-il candidat à sa propre succession ? Souhaite-t-il désormais s’attirer les faveurs de l’Elysée et faire oublier son passé de frondeur ? En tout cas, celui qui passait pour un champion de la défense du service public en 2008 en s’opposant à Nicolas Sarkozy sur la suppression de la publicité, irrite désormais singulièrement les représentants du personnel. Jean-François Tealdi : « Patrick De Carolis avait fait une grande déclaration à l’époque qui n’a jamais été suivie des faits. Désormais, on n’est plus loin de la motion de défiance. »

Christine RAMOS

 

« Il y a une montée des risques psycho sociaux »

Entretien avec de Marc Chauvelot, secrétaire national du SNRT CGT de France Télévisions

 

Où en est-on avec la suppression de la publicité ?

Ce dossier se complique chaque jour un peu plus. Le 8 janvier 2008, Sarkozy a lancé un grand coup de pied dans le montage économique de France télévisions et au-delà de l’ensemble de l’audiovisuel public. Depuis, tout le monde court derrière un modèle économique impossible à construire. Les scenarii de compensation du manque ne tiennent pas la route. La taxe sur les « télcos » rejetée par Bruxelles, la taxe sur la pub transférée dans le privé réduite de moitié par les députés de droite… Et pendant ce temps là, France télévisions est déstabilisée, plongée dans un déficit artificiel alors que cette entreprise avait toujours eu des comptes à l’équilibre et avait toujours financé ses développements… grâce à ses performances publicitaires…

 

Où en est-on avec la négociation de la convention collective ?

On a désormais l’intégralité des propositions patronales sur la table. Elles constituent une attaque sans précédent contre des acquis durement obtenus depuis 20 ans. Métiers, salaires, progressions de carrière, temps de travail, droit syndical et représentation du personnel : tout est revu à la baisse, avec des parti pris pompés dans les manuels de la gestion néo libérale. Il faut être flexible, disponible, corvéable à merci, et surtout ne pas coûter trop cher. Tel qu’il se présente, le projet de convention collective constitue un outil pour baisser le coût du travail. Il faut donc que les salariés s’invitent dans le débat. C’est l’objet des initiatives intersyndicales que la CGT essaye de construire.

 

Quelles sont les conséquences de la restructuration sur le personnel de FTV ?

Pour l’instant une grande anxiété. On n’y est pas encore mais il y a une mauvaise pente « France télécom Orange » dans ce qui est en train de se passer. La perte des repères, les changements permanents, les déménagements annoncés, l’insuffisance d’information, le manque de perspectives. Quand la restructuration commence à se vivre de façon très concrète, très immédiate, chaque salarié se pose des questions : où je serai demain ? Dans quel service ? Qu’est-ce que je ferai. Et il faut bien constater que la direction n’est pas bonne. Pour de multiples raisons, elle semble tétanisée par les enjeux. Incapable de s’expliquer clairement et de faire partager les enjeux. D’où la montée des risques psycho sociaux. Et pour répondre, la direction s’est contentée d’ouvrir une ligne de téléphone…

 

Qu’à-t-on désormais à craindre ou à espérer de la restructuration ? La crainte c’est l’emploi en premier lieu. Mais aussi les conditions de vie et de travail liées à la nouvelle organisation. La mobilité professionnelle ou géographique qui sera liée aux nouveaux périmètres de l’organisation en région. On passe de 13 directions régionales à 4 pôles de gouvernance contenant 24 antennes régionales de proximité. L’espoir qu’on a en région, c’est que les 24 antennes de proximité soient de vrais lieux pour faire de la télévision de service public en région pour tous les supports. Que la France rattrape en fin le retard qui la caractérise en matière d’aménagement audiovisuel du territoire.

 

Existe-t-il un impact direct sur la qualité des programmes ?

Il y a un risque de recentralisation et d’uniformisation éditoriale entre les mains de Patrice Duhamel et son équipe. Il faut absolument que les lignes éditoriales spécifiques des chaînes soient respectées. C’est un gage de qualité. Après, la question des moyens financiers est évidemment centrale. Le système actuel qui oriente la majorité des ressources sans contrôle vers les producteurs privés n’est pas satisfaisant.

 

Existe-t-il un impact sur l’indépendance de l’information ?

La fusion des rédactions nationales est officiellement écartée mais reste une vraie menace. Pour l’instant ce sont les moyens matériels et humains de la technique qui sont mutualisés mais on craint à terme la fusion des rédactions proprement dites, ce qui serait catastrophique. Les rédactions nationales, avec leurs lignes spécifiques, sont des garantes du pluralisme et de l’indépendance. Mais c’est probablement cette indépendance qui irrite Nicolas Sarkozy qui n’a jamais caché sa volonté d’en finir avec la rédaction nationale de France 3…

 

Les dates clés de la restructuration de France Télévisions

8 janvier 2008 : annonce de Nicolas Sarkozy de la suppression de la publicité

9 mars 2009 : au terme du débat parlementaire, faisant suite aux travaux de la commission Copé, le cadre juridique est posé par la Loi. 16 décembre 2009 : le processus de consultation du CCE s’achève avec la remise d’un avis négatif des élus.

4 janvier 2010 : début du passage à l’entreprise unique.

 

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