Hidalgo : Son « combat pour Paris » (titre de son livre) n’est guère le nôtre.

23 Mai 2013 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #PARIS

Hidalgo : Son « combat pour Paris » (titre de son livre) n’est guère le nôtre.


Pcf Paris 15, 22 mai 2013

 

130522_hidalgo.jpgLa droite a-t-elle une chance de reconquérir la mairie de Paris ? Un récent sondage plaçait Mme Kosciusko-Morizet à 49% au second tour face Mme Hidalgo.

Il n’est pas impossible que l’électorat plus pauvre, les salariés et retraités aux petits revenus, pris à revers par la politique gouvernementale du PS, se détourne de la municipalité sortante.

Il n’est pas impossible que les motivations « éco-sociétales » d’une population moins concernée par les problèmes matériels et les questions locales (en court, l’électorat « bobo ») se traduisent par un vote plus équilibré entre droite et gauche. D’autant que les innovations les plus médiatiques (et superficielles) de la municipalité sortante sont très liées à la personnalité du partant : Bertrand Delanoë. 

Si la droite reprend la municipalité, elle pourra s’appuyer sur le social-libéralisme pratiqué depuis 12 ans pour aggraver lourdement la politique parisienne. Ce n’est évidemment pas ce que nous souhaitons.

Le récent livre de la candidate Anne Hidalgo, « Mon combat pour Paris », ne vient pas annoncer de changement de cap.

Le livre s’applique à humaniser la personnalité d’Anne Hidalgo. Ressentie souvent comme hautaine et méprisante, elle a une histoire familiale, de la culture. Elle aime faire du vélo avec son plus jeune fils dans les rues du 15ème. En même temps, elle possède une stature de femme d’Etat puisqu’on a pensé à elle pour un poste au gouvernement, qu’elle a décliné.

Tout cela fait partie de l’exercice de style convenu. Il est plutôt bien fait sur le plan littéraire. Mais cela n’a rien à voir avec les préoccupations des Parisiens, qui sont les nôtres.

La valorisation du bilan de la municipalité sortante tient principalement de projet. Elle est quasiment sans autocritique mais non sans omissions.

Nous dirions même que tous les sujets les plus polémiques ont été oubliés, surtout ceux qui donnent lieu aux luttes locales et sociales les plus dures.

Le dernier en date, délicat, où Mme Hidalgo, pourtant déjà candidate, s’est trouvée mise en première ligne par Delanoë est celui des rythmes scolaires. Elle prend plusieurs paragraphes pour vanter les bienfaits physiologiques de la semaine de 4,5 jours, les activités périscolaires de la ville et la concertation « engagée très en amont avec le ministre Peillon ». Mais on ne trouvera aucun élément de réponse aux questions et revendications portés massivement (80%) par les enseignants, les directeurs d’écoles, les agents de la Ville et les parents.

Le malaise social est presque général parmi les personnels de la Ville dans tous les secteurs, des piscines au nettoiement. Qu’il y ait confrontation entre les revendications et les réalités gestionnaires, on pourrait le comprendre. Mais Mme Hidalgo ne fait même pas allusion à ces conflits sociaux récurrents. Au détour d’une phrase, on peut juste lire à propos des ouvertures le dimanche : « Nous n’avons pas pu aller aussi loin que nous le souhaitions même si les agents de la Ville ont compris les enjeux ». L’ouverture de davantage d’équipement le dimanche, oui, mais pas dans les conditions imposées aux personnels : voilà la réalité, soulevée par exemple par les personnels et les syndicats des bibliothèques (ou des crèches pour les heures extrêmes).

Mme Hidalgo se garde bien de revenir sur les justifications municipales des externalisations du ramassage des ordures dans 3 arrondissements, qui ont soulevé de fortes luttes. Dans sa langue de bois, on suppose que cela rentre dans le « dépassement du clivage public/privé » ardemment défendu par la prétendante à l’Hôtel de Ville.

La santé est une question essentielle pour les Parisiens. Pendant toutes les années de droite au pouvoir, la municipalité de gauche, en particulier ses adjoints successifs à la santé, ont dénoncé bruyamment les restrictions budgétaires et la dégradation de l’offre et de la qualité des soins en particulier dans les hôpitaux de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris. Maintenant que la gauche est au pouvoir, la même logique destructrice est à l’œuvre, aggravée, avec 150 millions d’euros de coupes budgétaires en un an contre l’AP-HP, symbolisées par la liquidation de l’Hôtel-Dieu. Quelle action de la municipalité actuelle et future dans ces nouvelles conditions ? On ne le lit pas dans le « Combat pour Paris » de Mme Hidalgo. Se réjouir de l’ouverture de centres de santé serait légitime si l’on n’ignorait pas les lourdes conséquences de la fermeture d’autres, comme dans le 15ème, celui de la Cité de l’Air et celui de Beaugrenelle, directement liée au projet immobilier de la Ville.

Adjointe à l’urbanisme, Anne Hidalgo se répand longuement sur les bienfaits de la construction de nouvelles tours, faisant appel à l’intelligence des Parisiens. Ne nous considérant pas comme stupides, nous regardons d’abord à quoi sont destinées les nouvelles tours projetées. La Tour Triangle à la Porte de Versailles doit abriter principalement des bureaux et le projet, qu’il se réalise ou non, s’accompagne de nouvelles concessions au promoteur Unibail.

Des bureaux, il y en a des centaines de milliers de mètres carrés en trop à Paris, au point que l’on songe, Mme Duflot elle-même, à en transformer en logements. Quel besoin de tels projets spéculatifs de plus ? Pour que « Paris tienne son rang » dans les capitales du monde répond Anne Hidalgo ! Quelle vision conformiste ! Paris devrait rentrer dans la mise ne concurrence des villes dans la mondialisation capitaliste en cédant toujours plus aux puissances d’argent ? D’où l’extension des ouvertures du dimanche, les aides aux entreprises privées etc. Non merci ! 

Quant à la performance architecturale, on croirait relire dans les lignes de Mme Hidalgo les emphases qu’elle décrie des partisans de la tour Montparnasse…

Dans les sujets qui fâchent, à raison, figure la démolition et reconstruction, pour 200 millions d’euros, du stade Jean Bouin. Un aménagement du stade Charletty aurait largement suffit aux 6 matches annuels du Stade français. On risque de se retrouver avec 4 stades de rugby de grand gabarit, en plus du Stade de France et du Parc des Princes, avec les projets dans le Val-de-Marne et dans l’Essonne. Pas un mot de Mme Hidalgo sur cette question si débattue et controversée.

Evacuer toutes les questions qui font mal, ce n’est pas aborder en confiance la campagne électorale ! Comment espérer, avec le PS aux commandes de l’austérité dans le pays, s’en tenir à des généralités ?

Continuons. Unibail et son centre commercial sont aussi les principaux bénéficiaires de la rénovation si contestée des Halles. Cet aspect central semble échapper à la mémoire de Mme Hidalgo, alors que le coût de la « Canopée » (structure suspendue au-dessus du nouveau quartier) s’envole. Elle réduit l’opposition éclairée des riverains et de leurs associations à des questions de plantes vertes.

Ceux-ci riront aussi jaune que nous à la lecture du long chapitre concerné à la nouvelle « gouvernance » de Paris, à la démocratie participative, emprunt des lieux communs de la parité, du non cumul des mandats, des nouvelles pratiques citoyennes, auxquelles elle intègre … les primaires du PS !

Mme Hidalgo compte se présenter dans le 15ème. Cela rend son silence actuel sur le scandale Beaugrenelle encore plus choquant, projet qu’elle a porté à bout de bras. Dans le livre, elle n’évoque pas les 7 ans de retard. On ne lit nulle part le nom du promoteur Gécina, profiteur de l’opération, également spécialiste de la vente à la découpe (voir dernièrement le 191 rue Saint-Charles). Gécina a annoncé qu’il allait se débarrasser du futur centre commercial d’ici 2 ans avec 200 millions de profits. Advienne que pourra pour ce projet incertain économiquement et complètement nuisible socialement (services publics, circulation, environnement, logement…). Dire que Mme Hidalgo nous avait dépeint ces promoteurs comme des « investisseurs » durables !

Non, on ne lira de Mme Hidalgo que quelques lignes sur la création d’une « mission locale pour l’emploi ». Encore heureux qu’il y ait quelques embauches après tant de gâchis ! Mais combien d’emplois ont été ou seront détruits ailleurs, notamment dans ce commerce de proximité qu’elle prétend défendre !

Candidate dans le 15ème, Mme Hidalgo n’hésite pas à rendre un petit hommage à l’ancien maire René Galy-Dejean, dont elle « respecte l’honnêteté ». Elle est belle la « nouvelle façon de faire de la politique » en jouant des divisions de la droite et en louant un technocrate réactionnaire qui a tant fait pour détruire le 15ème populaire.

La question pour nous ne consiste pas à décrier tout le bilan de la gauche municipale. Son inspiration d’ensemble, social-libéral, ne nous convient pas.

En se mettant d’abord au service du système et des possédants, on laisse peu de place pour le « social ». « 70.000 logements sociaux financés depuis 2001 » se targue Mme Hidalgo. Mais combien de construits réellement : beaucoup moins une fois que l’on a retranché les logements sociaux de fait rachetés par la Ville ou les logements rachetés, parfois à prix d’or sur le marché. Comment justifier que des zones d’aménagement du 15ème comme Boucicaut, la rue de la Fédération, la rue Viala n’aient pas donné lieu à la création, outre les équipements publics, de 100% de logements sociaux dans ces quartiers archi-déficitaires ? Et pas des logements à « loyers maîtrisés » obtenus par d’autres grâces octroyées aux promoteurs, comme Mme Hidalgo en promeut le principe.

Nous ne pouvons pas mesurer la politique de l’équipe Delanoë sortante aux outrances antisociales, anti-HLM de la droite qu’elle autorise de fait, dans un glissement à droite général des idées.

Vu de la vie du 15ème, Mme Hidalgo atteint le sommet de l’hypocrisie sur une question très précise et locale : le Patronage laïque. Elle y consacre un long passage, en forme d’hommage à la classe ouvrière dont le Patronage serait le dernier vestige dans le 15ème.

Rappelons au passage, puisqu’elle la cite, que la destruction de l’Imprimerie nationale n’est pas du tout indépendante de l’œuvre de la gauche au pouvoir et même de la décision de Delanoë de délivrer le permis de construire au promoteur Carlysle laissant la voie livre à la liquidation de l’emploi et à l’un scandale immobilier. Le PCF Paris 15 l’avait seul dénoncé alors…

La droite a cherché à détruire maintes fois le Patronage laïque, la dernière en 2001. Elle a toujours échoué grâce à la mobilisation populaire autour de l’Association du Patronage qu’il l’avait construit et constamment animé.

En 2001, il avait fallu forcer la main à Mme Hidalgo nouvellement arrivée pour qu’elle s’engage. Sauvé in extremis, le Patronage n’a pas obtenu de la municipalité Delanoë/Hidalgo le renouvellement de son bail historique (origine 1895). En 2012, ce que la droite n’avait jamais réussi à faire, la gauche le détruit. Elle entreprend la reconstruction d’un bâtiment « de prestige »,  destiné à être contrôlé administrativement, à mille lieues de l’espace de liberté, de culture, de démocratie réelle, de laïcité que représentait le Patronage.  Elle exclut, pour l’instant, l’association historique de son fonctionnement futur. Mme Hidalgo, il est inacceptable de votre part d’affecter un sentiment pour feu le 15ème ouvrier en vous servant de cette opération !

Communistes du 15ème, nous sommes clairs, nous ne souhaitons pas le retour de la droite à la municipalité, d’une droite dopée par la politique antipopulaire nationale de Hollande et par l’héritage social-libéral de Delanoë. Pour cette raison même, nous ne pouvons que condamner l’esprit et la ligne politiques de début de campagne de Mme Hidalgo. La question pour nous n’est pas de participer à jouer les rabatteurs à gauche. Elle d’obtenir et rapidement, tant que la gauche est aux commandes à Paris des inflexions véritables.

Hôpital, centres de santé, équipements publics, situation des personnels, pour le 15ème, Beaugrenelle, Patronage laïque,…  il est encore temps pour l’exécutif PS-EELV-Front de gauche d’amorcer un virage dans l’intérêt des travailleurs, des habitants, de la « diversité urbaine » si chère à Mme Hidalgo. 

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ZAPATA 25/05/2013 20:27


Une candidate du PCF de Marseille passe au FN.


Avec un PCF à la fois stalinien et ayant viré vers la droite libérale PS, ce n'est pas étonnant.


Cf site Bella Ciao pour plus d'info:


http://bellaciao.org/fr/spip.php?article135597#forum500503