Journée de la déportation – dimanche 27 avril 2014

26 Avril 2014 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Histoire - Notre mémoire

Journée de la déportation – dimanche 27 avril 2014

140427_memorial_dachau.jpgLa cérémonie commémorative aura lieu dans le 15ème arrondissement devant la Mairie, au Monument aux morts, à 11h00 (rendez-vous à 10h45).

Nous reproduisons ci-dessous l’intervention de notre défunt camarade Emile Torner l’an dernier pour le 68ème anniversaire de la libération des camps de la mort.

Emile était très attaché à la personnalité de Marie-Claude Vaillant-Couturier, grande résistante communiste, déportée à Auschwitz et Ravensbrück. Marie-Claude Vaillant-Couturier a été témoin au procès de Nuremberg. Voici quelques extraits du récit qu’elle en a fait.

« ça me paraissait presqu’irréel. Nous nous étions dits : il n’est pas possible que nous mourrions toutes comme des rats. Il faut que ça se sache, que le monde le sache. Le tribunal de Nuremberg, c’était l’occasion suprême de le dire au monde. J’ai su par des journaliste qu’il y avait eu une certaine émotion car je suis passée très, très lentement et ils ont eu peur que je fasse un esclandre. Telle n’était pas mon intention. Je voulais simplement voir de près comment pouvaient être des hommes capables d’avoir accompli un tel crime et je voulais en même temps qu’ils me voient et que c’était par les yeux des millions de victimes, d’hommes, de femmes et d’enfants qui les voyaient et qui les jugeaient. C’est pour cela que je suis passée lentement ».

« En m’asseyant à la barre, je me dis : « Je parle pour toutes celles qui ne sont plus là. Pourvu que je n’oublie rien ».

« Quant au procès lui-même, je ne le trouvais satisfaisant, ni sur le fond, ni sur la forme. J’étais indignée par l’absence des dirigeants des grands Konzern allemands, le Krupp, Thiessen, Flick, Siemens, IG Farben, etc. qui, premièrement, avaient apporté leur soutien actif à la montée d’Hitler au pouvoir et ensuite avaient réalisé des profits monstrueux sur le sang versé et la vie de millions d’hommes, de femmes et d’enfants parmi lesquels les déportés raflés à travers l’Europe. »

Après Marie-Claude Vaillant-Couturier, avec notre camarade Emile Torner, en mémoire de tous leurs frères et sœurs de souffrance, exaltons la mémoire de celles et ceux qui « ont préféré la mort à l’esclavage et nous permettent ainsi de relever la tête dans le monde ».

 

Journée nationale du souvenir de la déportation, dimanche 28 avril 2013, cérémonie du 15ème arrondissement, devant le monument aux morts

 

Déclaration d’Emile Torner,

Ancien déporté à Buchenwald-Langenstein

Président de l’Association départementale des déportés, internés, résistants et patriotes de Paris

 

 

Mesdames et Messieurs les élus, chers camarades et amis, Mesdames, Messieurs,

Mes camarades m’ont confié la tâche de présider l’ADIRP de Paris, l’association départementale des anciens déportés-internés-résistants-patriotes.

Continuer à témoigner, c’est une bien lourde tâche pour nous, rares survivants, alors que notre nombre et nos forces déclinent inexorablement. Mais nous savons pourquoi nous le faisons et nous l’assumons encore, 68 ans après la libération des camps par les armées alliées.

Le temps presse. Jusqu’au bout, tout doit être fait pour établir, le plus incontestablement possible, la vérité, pour établir dans la société, « l’impossible oubli » de « l’indicible horreur » des camps de concentration. 

Mon camarade Charles Palant a relaté sa tragédie personnelle, les conditions de son retour. Mon ami, Maurice Obréjean, a évoqué le sort dramatique de sa famille. Notre camarade, Madeleine Rabitchov, qui regrette de ne pas être des nôtres, continue, courageusement, inlassablement à décrire ce qu’elle a vu : l’horreur absolue! Ainsi ces enfants juifs jetés vivants dans la chaux vive à Auschwitz.

A Langenstein, filiale de Buchenwald, mes compagnons et moi-même n’étions plus qu’un groupe d’esclaves destinés à être exploités jusqu’à ce que mort s’en suive, dans des usines souterraines, pour une durée calculée économiquement de 6 mois. A la Libération, 5 mois après mon arrivée, mourant, mangeant de l’herbe, je pesais 28 kilos!

Le système concentrationnaire nazi avait sa rationalité sinistre, tournée vers le profit de l’industrie et des konzerns allemands…

160.000 êtres humains, 85.000 résistants ou otages, 75.000 raflés suivant les critères raciaux de l’occupant, repris par le régime de Vichy, ont été déportés de France et conduits vers l’extermination immédiate dans les chambres à gaz ou vers l’extermination par le travail forcé. La moitié des premiers ont pu revenir grâce à la fin de la guerre, seulement 2.500 des seconds…

Saluons le travail des associations, des historiens, de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Une somme considérable de documents, de preuves, a été rassemblée. Mais contre le négationnisme, les révisionnismes, la Mémoire demeurera toujours un combat.

Le temps presse et, survivants, contrairement à nos espérances et convictions de la Libération, nous le vivons dans l’angoisse.

Pour l’instant, en France, on n’entend pas le bruit des bottes, sinon lointain et assourdi par le sable. Mais les déclarations et affiches xénophobes et racistes prolifèrent sur les ondes et les murs, sans parler d’internet. Des groupuscules extrémistes profitent de fins de manifestation pour tester leur agressivité. Des organisations, qui dissimulent bien mal leur filiation fasciste, atteignent en France, comme dans les autres pays d’Europe, des résultats électoraux inquiétants. Ils servent à détourner les peurs et détresses causées par le chômage de masse, par la crise du système économique.

Sans exagération, mais avec vigilance, voilà qui ne peut que nous rappeler un autre anniversaire. Il y a 80 ans cette année, Hitler accédait au pouvoir, en pleine crise économique. Le large soutien des tenants du système lui permet d’opérer en quelques mois un coup d’Etat aux apparences légales.

Dès 1933, les nazis ouvrent les premiers camps de concentration pour y torturer et enfermer les communistes, les syndicalistes, les antifascistes, les socialistes, puis tous les résistants démocrates. Dachau, dès le 21 mars !

s avril 1933, sont appliquées les premières mesures de discriminations antisémites.

En l’espace de 6 ans, c’est la guerre. En 12 ans, c’est le plus grand crime contre l’Humanité jamais perpétré, qui est également le pire désastre connu par le peuple allemand lui-même.

Le Parti national-socialiste n’avait rien de « socialiste » ni même de « national » !

L’horreur des camps avait une origine, une généalogie. C’est pour cela aussi, et même surtout, que nous témoignons !

En France, le fascisme n’est pas passé dans les années 30. Son avènement ne s’est produit que sous la coupe de l’occupant allemand, au sein de « l’Europe allemande », à la faveur de ce que l’historien, résistant et martyr, Marc Bloch a appelé « l’étrange défaite ».

N’oublions jamais que les 13.152 juifs, dont 4.115 enfants parqués dans le 15ème au Vel d’hiv en juillet 1942, avant de partir vers la mort via Drancy, ont été arrêtés par la police et la gendarmerie françaises !

En 2013, nous allons célébrer un autre anniversaire, celui du 27 mai 1943, le 70ème de la création du Conseil national de la Résistance, le CNR. L’importance de cette date ne doit manquer à personne.

L’unification des forces résistantes a eu des effets considérables dans la lutte pour le recouvrement de notre indépendance, pour la reconstruction du pays sur une base nouvelle.

Au cœur même des camps, le CNR a revivifié la résistance française. Ainsi à Buchenwald, un Comité des intérêts français a été constitué clandestinement, dans les pires conditions, avec à sa tête Marcel Paul, futur ministre communiste de la production et de la constitution d’EDF et de GDF nationalisés, et le colonel Frédéric-Henri Manhès, bras droit de Jean Moulin.

Une proposition de loi a été adoptée par le Sénat, le 28 mars dernier, pour faire du 27 mai une journée de commémoration nationale.

On ne peut que se réjouir de la quasi-unanimité des sénateurs de tous les partis en faveur de cette loi. Cependant, on ne peut que constater que l’œuvre du CNR est détruite pan par pan, année après années, par les majorités parlementaires successives auxquelles ils appartiennent…

Le 15 mars 1944, le CNR adoptait le programme qui allait largement inspirer les grandes réformes de la Libération.

Il estimait nécessaire « l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ». Aux yeux de tous, elles avaient trahi.

Les classes possédantes se sont révélées et disqualifiées dans la collaboration. La classe ouvrière a été la « seule classe, qui dans sa masse, sera restée fidèle à la patrie profanée » comme l’a si bien exprimé François Mauriac.

Le programme du CNR a représenté un compromis national, partant de cette expérience de la guerre, vécue par le peuple dans sa chair.

Ce compromis issu de la guerre a permis le relèvement du pays, des acquis sociaux et démocratiques aussi importants et féconds que les nationalisations des grands services publics et la sécurité sociale.

Mesdames, Messieurs, 68 ans après la Libération, la force de l’expérience de la Résistance et de la Déportation, se retrouve encore dans l’unité des votes au Sénat. Cette unité, je la retrouve au premier rang de cette cérémonie. Je m’en félicite, je vous en remercie. Je sais qu’elle reflète un sentiment fort animé par le mouvement populaire.

Du plus profond de mon expérience, parlant pour moi-même, mais certain d’exprimer le sentiment de mes camarades, je souhaite que cette unité s’exprime dans la fidélité et la défense des acquis de la Libération, si chèrement payés par la Résistance et la Déportation. Je vois à quel point notre combat pour la Mémoire rejoint les luttes d’aujourd’hui !

Mesdames, Messieurs, permettez-moi de conclure par l’avertissement célèbre d’un nos camarades allemands, déporté à Sachsenhausen et Dachau, le Pasteur Martin Niemöller.

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester
 

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