Sarkozy se permet encore d’ignorer les 800.000 manifestants du 23 mars : maintenant, il faut que ça débouche !

26 Mars 2010 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Actualités - Alternative politique

Sarkozy se permet encore d’ignorer les 800.000 manifestants du 23 mars : maintenant, il faut que ça débouche !

 


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Le 23 mars, la journée d’action et de grève, à l’appel de 5 syndicats, a mobilisé 800.000 salariés et retraités dans tous le pays.

A nouveau, comme au 1er semestre 2009, les secteurs d’activités les plus divers étaient dans les manifestations interprofessionnelles. Les salariés du privé étaient particulièrement nombreux dans certaines villes de province, Clermont-Ferrand, Bordeaux, Grenoble… La mobilisation a été particulièrement forte chez les enseignants, les personnels de la justice, les fonctionnaires territoriaux. Le développement d’un mouvement d’ensemble dans les hôpitaux publics se confirme.

Tous les grévistes ont mis en accusation la politique du gouvernement.

 

Pourtant, deux jours plus tard, le 25 mars, Sarkozy, premier porte-parole du pouvoir, tenait un discours aux Français pour expliquer qu’il compte continuer la même politique, les « réformes ».

 

Sarkozy était obligé de parler après le désaveu de l’UMP aux élections régionales. Il s’est évertué à le relativiser insistant sur l’absence de caractère national de l’élection.

Adepte de la méthode Coué, il attribue les légitimes inquiétudes et les souffrances d’une partie de la population à la « crise » que ses « réformes » n’auraient pas encore eu le temps de juguler. Nous serions tous au milieu du gué…

Comme nous l’avions déjà analysé, il joue sur le niveau d’abstention pour minimiser l’opposition à sa politique.

 

Il n’a même pas fait une petite allusion à la journée d’action du 23 mars ou aux luttes sociales qui se développent un peu partout. Mais cela ne veut pas dire que lui et ses conseillers ne les ont pas en tête. Bien au contraire !

L’obsession du pouvoir, c’est d’empêcher que se fasse la convergence des luttes sur des objectifs précis.

 

Alors Sarkozy mélange tout.

Le renoncement à la « taxe carbone », mesure « écologique » autant que démagogique, à peu près impossible à mettre en œuvre, est une maigre concession dont se réjouit d’abord le Medef.

Il ne manquerait plus que les agriculteurs, dont les voix ont manqué à la droite et qui connaissent une détresse extrême, se joignent au mouvement général. Sarkozy leur adresse une rodomontade : il sera inflexible à Bruxelles ! Les ouvriers de l’industrie, par exemple les sidérurgistes de Gandrange, savent quel crédit apporter à ce genre de déclamations.

Dans la même partie de son discours, Sarkozy enchaîne sur l’inusable rengaine de la sécurité.

En complément, il relance les diversions malsaines, pleines de sous-entendus. Il faudrait couper les allocations familiales aux parents d’enfants délinquants ou « absentéistes ».

Et il faudrait une loi contre la Burqa ! On n’en finit pas de mesurer l’irresponsabilité des personnalités de « gauche » qui lui ont tendu la perche. 

 

Le gouvernement a deux priorités politiques d’ici 2012 : il veut passer à une nouvelle étape du démantèlement des services de l’Etat et de la fonction publique d’une part, à une nouvelle étape du démantèlement du système de retraite solidaire par répartition d’autre part. Là surtout, il veille à ce que ne construisent pas de convergences de lutte.

 

Sur le budget de l’Etat, Sarkozy s’est gardé cette fois de mettre en avant l’objectif de la suppression d’un emploi sur deux agents partant à la retraite.

Il a pris le sujet autrement. Il a affirmé que le gouvernement ne peut pas se permettre d’augmenter les impôts, ni de suspendre sa politique de l’emploi (en fait d’aides publiques, de cadeaux au patronat). Conclusion implicite, il faudra continuer les coupes claires dans les dépenses publiques et sociales, dans l’emploi public, mais sans le dire.

Pour le pouvoir, la cohérence de cette politique (à la grecque), présentée comme mécanique et inévitable, doit apparaître le moins possible.

 

Les retraites sont « l’autre gros morceau ». Le pouvoir n’a pas oublié la force des mobilisations de 2003 et celle de 1995 qui a fait céder Juppé.

Le discours de Sarkozy laisse voir la méthode retenue. Pas de « passage en force », du moins tout de suite, mais un délayage du débat sur 6 mois toujours en essayant d’impliquer les organisations syndicales.

Le gouvernement va essayer de jouer du simulacre de concertation, de la confusion des enjeux créée dans l’opinion publique et du calendrier. Rien de précis à quoi s’opposer pendant des mois, puis un projet de loi pourrait être déposé à la rentrée, peut-être en septembre ou octobre. A ce moment là, cela pourrait aller très vite.

 

Les 800.000 manifestants du 23 mars, faisant écho aux manifestations par millions du premier semestre 2009, le développement des luttes dans pratiquement tous les secteurs, montre qu’un rapport de force existe dans le pays pour mettre en échec cette politique. Les luttes de chacun sont de plus en plus les luttes de tous. Mais sur quoi on converge ?

 

L’expérience se vérifie que la recherche de l’unité des appareils syndicaux peut être un frein au rassemblement du plus grand nombre de salariés, en tout cas elle ne doit pas l’être.

Les élections régionales et la victoire de la « gauche unie » confirment les limites de la perspective d’alternance institutionnelle en 2012. Sur l’UE, sur les retraites, le PS masque mal sa proximité avec les vues du pouvoir. L’abstention est un reflet, grave, de ce consensus.

 

« On ne peut pas attendre 2012 » : c’est ce qu’on a peut-être le plus entendu dans les manifestations du 23. Sarkozy l’a annoncé ailleurs, il arrêtera les réformes au deuxième semestre 2011 pour s’engager dans la mascarade électorale.

Mais maintenant, on débouche sur quoi ?

 

Pour nous communistes, il ne s’agit pas, d’ici 2012, de se montrer « aux côtés » de ceux qui luttent avec des écharpes d’élu mais de contribuer à impulser les luttes et leur convergence. Des batailles sont potentiellement très rassembleuses, rapidement, et peuvent tirer d’autres luttes.

 

Le mouvement contre la suppression de 16.500 postes à l’éducation nationale, contre les décrets Chatel sur le lycée, peut gagner rapidement beaucoup d’ampleur.

Le début de mobilisation en 2009 contre la loi Bachelot a montré combien la bataille pour l’hôpital public peut être large. Face maintenant à l’application de la loi, aux milliers de suppressions d’emploi programmées, aux scandaleux transferts vers le privé, la mobilisation peut rapidement gagner nationalement, comme on commence à le voir.

Sur les retraites, la bataille s’annonce longue et piégée. N’est-il pas temps de définir une plateforme commune de défense et de reconquête du système solidaire pour déjouer les calculs du pouvoir ?

 

C’est à ces objectifs prioritaires, en tout cas, non exhaustifs, que militants communistes des entreprises et des quartiers, nous voulons contribuer.

Vraiment, on ne peut pas se permettre d’attendre 2012 !

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