Sur quoi bute le mouvement social ? Sur quoi pourrait déboucher la journée d’action du 23 mars ? Un compte-rendu du débat public organisé par le PCF Paris 15 le 26 février.

5 Mars 2010 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Actualités - Alternative politique


« Les luttes portent la colère mais aussi l’espoir ». « Sur quoi bute le mouvement social ? ». Ces deux phrases ont été au centre de la discussion de notre rencontre publique du 26 février 2010.

La présence, parmi une cinquantaine de personnes, de salariés de la RATP, de la Poste, de l’AP-HP, du Pôle emploi, de l’équipement etc. y a sans doute été pour quelque chose.

De même que la participation de Sylvie Bayle, responsable syndicale des postaux de Paris et de Gérard Cristina, responsable syndical du dépôt RATP de Croix-Nivert qui étaient invités. Ils ont fait part de leurs expériences et analyses. Nous les en remercions fortement.

 

Le contexte des élections régionales n’a pas été exclu de la discussion, mais il en a été peu question. C’est le reflet d’une observation faite par plusieurs, après l’introduction : la campagne esquive largement les questions principales posées par les luttes, y compris lorsqu’elles sont directement en lien avec les régions. Comme cela a été dit, il en est ainsi du processus de marchandisation et de privatisation des activités de la RATP auquel le Conseil régional sortant de « gauche » et le STIF ne se sont pas opposés mais qu’au contraire ils accompagnent. La déconnexion entre la perspective politique ouverte par les luttes et le blocage institutionnel est flagrante.

 

Sylvie Bayle est revenue sur les luttes récentes à La Poste. Son analyse l’amène à considérer que la « votation » de l’automne, si elle a eu le mérite de « faire plus largement prendre conscience des enjeux du service public » a aussi, de façon préjudiciable, « sorti la lutte de l’entreprise ». Le potentiel de résistance y est pourtant très fort. En témoignent la grève à 80% un mois durant et son succès au bureau de Château-Rouge. Le montre aussi la grève de 18 jours en janvier des facteurs de Paris 15. Un début de convergence d’action a été créé avec le mouvement simultané des postiers du 20ème. La colère est immense devant les attaques des directions qui atteignent même la santé et la dignité humaine des salariés dans une entreprise où 52.000 emplois ont été supprimés depuis 2004. Un monsieur dans la salle exprimera à son tour l’exaspération des usagers devant ces nouveaux bureaux où l’on trouve de tout sauf des services postaux, ces tarifs de la Banque postale qui glissent vers les frais du privé.

 

Gérard Cristina fait écho à Sylvie évoquant une tentative de suicide au dépôt RATP, l’arrogance de nouveaux cadres frais émoulus de grandes écoles, au service d’un processus de privatisation destiné à nourrir les « rapaces », aussi en mentionnant le récent mouvement de grève contre une tentative de remise en cause du temps de travail.

 

« On va y être, mais… ». Le 23 mars aura lieu la journée d’action interprofessionnelle décidée par quatre organisations syndicales.

Pour Gérard Cristina les leçons sont loin d’être tirées au niveau national du gâchis du rapport de force ouvert par les mobilisations du 1er semestre 2009. Elles doivent absolument l’être. Notamment dans son syndicat, la CGT, dont la direction continue à s’éloigner du syndicalisme de lutte des classes, ce qu’un autre syndicaliste a décrit comme le passage « d’un syndicalisme de lutte à un syndicalisme de négociation dans l’idée de devenir un syndicalisme de compromis ».

Pour Sylvie Bayle, la réussite du 23 mars peut ouvrir un autre scénario que celui du début 2009 dont elle ne comprend que certains puissent se féliciter. Les organisations syndicales mais aussi politiques, ce doit d’abord être les adhérents eux-mêmes.

La question des retraites sera  au centre du mouvement en 2010.

Pour Sylvie, reprise par d’autres, sur les retraites, des principes forts, comme le refus du report de l’âge de départ après 60 ans, la revendication des 75% de taux de remplacement, aussi celle du retour aux 37 ans et demi peuvent rassembler.

Les camarades des autobus RATP ont encore en travers de la gorge la défaite du mouvement pour les régimes spéciaux en 2007, après que les directions de la CGT ont coupé court à la grève de 11 jours pour rentrer dans des « négociations » en rase campagne sur la base du projet du gouvernement.

Le souvenir de 2003, la stratégie démobilisatrice des journées d’action convergentes  incroyablement espacées revient aussi.

La perspective du 23 mars, c’est de gagner, pas de préparer une autre journée ! 

 

Plusieurs intervenants ont mis en avant des arguments pour développer l’action pour la défense des retraites (y compris un gaulliste proclamé).

Pour démonter la fausse évidence de l’allongement de l’espérance de vie, un monsieur illustre le bénéfice des gains de productivité : dix fois moins d’agriculteurs qu’en 1945 nourrissent mieux la population. Un autre estime qu’il faut battre en brèche l’idée qu’une « réforme » est nécessaire.

Un autre agent de la RATP rappelle le préjudice sur la prise en compte de la pénibilité des décrets de 2007. Plusieurs insistent, au lendemain de la manifestation des retraités, sur la revendication qu’aucune retraite ne se situe au dessous du SMIC.

Quant aux financements, le scandale des exonérations de cotisations patronales doit être dénoncé en premier, comme les effets du chômage de masse, notamment des plus de 50 ans. Le rôle central de la cotisation sociale dans le système solidaire, salaire socialisé basé sur le travail, doit être répété inlassablement, rabâché. Rien ne doit en détourner, pas même la demande de la taxation des revenus financiers. On ne peut pas asseoir nos retraites sur la finance, avertit un représentant de la section.

 

A plusieurs reprises, la discussion a abordé plusieurs grandes batailles médiatisées dans l’industrie. Celle des Contis est devenu un symbole de résistance, même si plusieurs estiment que son résultat ne peut pas être qualifié de succès. La fin de grève nationale à Total, la veille de la réunion, laissant les salariés de Dunkerque seuls devant la fermeture de leur raffinerie a suscité une grande incompréhension.

 

On le voit, le débat a lié constamment syndicats et politique mais les a aussi différenciés, insistant notamment sur la nécessité d’indépendance du PCF par rapport à la ligne des directions syndicales.

 

Les responsabilités du PCF pour dégager la perspective politique ont ainsi été en particulier au cœur des questionnements.

 

Que fait le PCF ? Un intervenant pose la question : « c’est quoi se truc qui s’appelle le Front de gauche » ? On ne voit pas de projet, pas de programme. Ancien adhérent du PCF, il déplore « cette kyrielle de groupuscules sortie d’on ne sait pas où » et voit en JL. Mélenchon un « coucou qui fait son nid dans le PCF pour le tirer vers un PS bis », ce qu’attestent plusieurs camarades communistes d’après leur expérience du Pg.

Pour un autre, adhérent du PCF, le « Front de gauche » rabat sur Huchon comme Gayssot a collaboré avec Jospin. A la remorque de la social-démocratie, version PS ou Pg, le PCF perd son efficacité ajoute un jeune. Grèce, Espagne, Portugal, il fait remarquer que, dans ces trois pays placés sous les feux de l’actualité, les travailleurs affrontent des gouvernements socio-démocrates.

Le même note comment, en contraste avec la situation française, le Parti communiste grec est directement acteur des grandes luttes en cours et influe, au bon sens du terme, sur la vie syndicale. L’exigence que le PCF joue à nouveau pleinement son rôle notamment dans l’entreprise avait été fortement exprimée par plusieurs camarades et sympathisants.

Sylvie Bayle a expliqué que sa présence comme candidate PCF en deuxième place sur la liste parisienne du Front de gauche par la volonté de porter les idées et les propositions du PCF dans une échéance qui « ouvre une possibilité » et de défendre le positionnement de lutte qui est le sien.

Dans cette période confuse ouverte par la stratégie de sa direction, les communistes et ceux qui ressentent la nécessité de l’action du parti, présents dans la salle, se sont retrouvés dans la nécessité de faire vivre et de renforcer le PCF.

 

Dans son introduction, Emmanuel Dang Tran, secrétaire de section et membre du CN du PCF, était parti des illustrations de la politique combattue que représentent l’exemple de France Télécom (dont la direction avait annoncé le jour même le versement d’un dividende de 4 milliards d’euros aux actionnaires, supérieur au bénéfice net), et la situation en Grèce.

Il avait insisté sur la nécessité de sortir la perspective politique de l’emprisonnement dans le schéma institutionnel de l’alternance en 2012, la nomination à la Cour des comptes de Didier Migaud en étant le dernier signe.

En fin de réunion, il a repris les propositions d’actions prochaines de notre section du PCF, en lien avec les luttes : pour l’hôpital public, contre la casse du lycée et les suppressions d’emploi à l’éducation (manifestation le 12 mars), pour les retraites dans le cadre de la préparation du 23 mars.

La perspective d’alternative politique s’ouvrira avec la convergence des luttes et de premières victoires dans ces batailles qui sont toutes d’intérêt général face à la logique du capitalisme.  

 

Marcel, retraité de Citroën, qui suit de près les luttes d’aujourd’hui à Aulnay ou celles des sans-papiers, venait de rappeler comment la faucille et le marteau ont été le symbole d’actes militants d’un courage incroyable et de victoires historiques de la classe ouvrière.

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Jean Michel Bourdillon 07/03/2010 11:59


Chers camarades, pendant très longtemps j'ai pensé comme vous, mais au vu des résultats des dernières élections ou le PCF était seul, je pense que cette idée d'un  front de gauche n'est pas si
mauvaise et si mélanchon veut faire son nid "dans le notre"!! et bien c'est à nous de mettre les choses au clair!! je suis donc d'accord avec Mohammed et ne pas oublier que "l'union est un
combat".
Merci à vous tous , votre blog est très intéressant.


mohamed 05/03/2010 17:52


quand j'ai ecrit ce commentaire je ne me faisais aucune illusion je n'allais pas vous convaincre ...c'et vraiment un dialogue de sourds je repete oui  à un front de gauche rassemblant toutes
les forces qui veulent changer la societe oui à un parti communiste qui soit autonome et qui soit à l'initiative pour animer et construire le changement ....et il y a du pain sur la planche tout le
reste est secondaire ....


Unitaire pour deux 05/03/2010 14:50


Quel imbroglio Mohammed !

Alors que l'addition du PCF avec 50 groupes "communistes", "socialistes", "de gauche", ne développe pas un contenu anticapitaliste, comme tu le reconnais lucidement, il ne tiendrait qu'à une
section du PCF d'y arriver ?
Pourquoi et comment, mystère...
En renonçant à son indépendance de pensée et à son analyse de classe ? En camouflant la nature d'un rassemblement politicien, construit à la mesure d'un sénateur maastrichien ?
Soyons sérieux !
Le PCF est bien plus rassembleur, à lui seul, quand il se bat sur des enjeux de classe , que ce mic-mac politicien construit autour des élections pour rabattre à gauche pour le PS au second tour
!
Union, unité, unitaire : que de crimes on commet en ton nom !


mohamed 05/03/2010 12:12



il ne tient qu'à vous de rejoindre le front de gauche et de lui donner le contenu anti capitaliste dont il a besoin ...melenchon vous fait peur avec son petit parti et d'ailleurs vous reprenez
l'argument developpe par gayssot ...les communistes ont toujours su travailler dans le cadre des fronts pour faire avances leurs postions ils n'ont pas peur ...je vous conseille de faire comme
lenine de "faire une analyse concrete d'une réalité concréte " ...pour resumer ma position je suis pour un front de gauche et oui camarades l'union est un combat meme à l'interieur du
front mais vous desertez ce combat et pour le developpement du pcf ....le mouvement ouvrier  francais a besoin de ses deux pieds pour avancer: le front et le parti ...c'est plus mobilisateur
que de de rester coince dans le passé ...oui le pcf a ecrit les plus belles pages de l'histoire de ce pays ...certes l'histoire nous apprend plein de choses notamment une chose la necessite
du  rassemblement de ceux qui ont envie de changer de societe et ça c'st le role d'un front et ne pas abandonner l'outil et ça c'est le parti .....tout le reste est secondaire et ne
contribue pas à prendre en compte les les problemes d'aujourd hui dans une societe capitaliste en crise ...