Oui à une université au service de l’économie et de la société
Non à une université au service du MEDEF et du profit
Abrogation de la loi Pécresse !
Dans la bataille pour l’avenir de l’université, qui fait preuve de maturité et de responsabilité ? Le Gouvernement qui voulait faire passer à la
dérobée la Loi Précresse en la faisant voter « en urgence » au cœur des vacances universitaire et éviter tout débat public ? Ou bien plutôt les étudiants qui ont montré leur
capacité d’analyse en décryptant la loi LRU « relative aux libertés et responsabilités des universités » et en mettant en évidence son extrême gravité et qui s’y opposent
aujourd’hui.
Voilà un mois que le mouvement des étudiants et des enseignants du supérieur gagne faculté par faculté. Leur mobilisation et leur détermination ne
faiblissent pas. Le pouvoir applique les mêmes méthodes que face à la grève dans les services publics. Il fait donner les media pour minimiser l’action. Il essaie de la désamorcer en ouvrant des
« négociations » de diversion sur des sujets annexes, des « compensations », excluant toute remise en cause de sa loi. Comme dans son attaque contre les retraites du secteur
public, il peut compter sur l’absence d’opposition politique sur le fond du côté du PS et de ses satellites.
Mais dans un cas comme dans l’autre, la conscience de la gravité des enjeux, qui engagent l’avenir de tout le pays, la force de la mobilisation, le
développement des convergences de lutte peuvent et doivent déjouer les calculs du pouvoir et le faire plier.
En fait « d’autonomie » des universités, la loi organise leur mise sous la tutelle du
MEDEF.
La loi LRU autorise chaque université à rechercher des fonds de façon « autonome » auprès de financeurs privés, éventuellement de collectivités
locales.
Elles y seront d’autant plus incitées que l’Université française connaît une misère aiguë. Depuis des années, les gouvernements rationnent les dotations
publiques et le gouvernement actuel ne manquera pas d’aggraver la situation malgré ses promesses. L’ « autonomie » financière servira de prétexte à de nouvelles diminutions des
dotations d’Etat.
Le trompe-l’œil du budget 2008 pour faire passer la pilule de la loi LRU ne peut pas faire illusion. Après déduction de l’inflation, des retards de paiement,
l’affichage de 1,8 milliards de crédits supplémentaires se réduit à moins de 200 millions d’euros. C’est dérisoire comparé aux besoins.
Pour attirer des « investisseurs », il faudra bien les séduire en répondant à leurs exigences. La loi est faite pour cela ! Les universités
pourront faire appel au mécénat d’entreprises privées en créant des fondations. Les « fondations partenariales », rattachées aux « fondations d’entreprise », pourront prendre
en charge précisément une formation ou une unité de recherche et même devenir elles-mêmes employeurs au sein de l’université. Dans le même esprit que les licences professionnelles, le MEDEF
pourra prendre le contrôle du contenu et de l’organisation des formations ou laboratoires de recherche qui l’intéressent.
La concurrence, la sélection, l’inégalité au centre de la loi !
Il y aura des facs pauvres et il y aura des facs dépendantes de « bienfaiteurs » privés, ou bien
les deux à la fois.
Le patronat n’est pas intéressé à toutes universités ni à toutes les formations. « L’autonomie financière » conduit à l’université à plusieurs
vitesses. L’inégalité des financements va accentuer la mise en concurrence des facs entre elles et la marchandisation des formations supérieures.
Mme Pécresse espérait esquiver la colère des étudiants en évitant d’intégrer dans sa loi les questions
sensibles de la sélection et des frais d’inscription à son projet de loi. C’est raté ! Les étudiants ont compris qu’elles en découlaient en droite ligne, suivant l’exemple
anglo-saxon. Il faudra payer cher, s’endetter, pour avoir une place dans une « bonne » université. L’accès des jeunes dont les familles ont des revenus modestes sera encore plus
restreint. Une « bonne université » ne misera que sur des étudiants a priori rentables. La Loi Pécresse comprend déjà une formule préinscription des lycéens en terminale qui préfigure
la future sélection. La même logique de concurrence et de sélection s’abattra sur les enseignants et chercheurs.
Sur le plan financier, les directions auront aussi le « droit » de vendre le patrimoine immobilier de leur université. C’est la porte ouverte au
désengagement de l’Etat de la construction et de l’entretien des facultés. On incite certaines universités à la spéculation immobilière, on conduit les autres à l’endettement
« autonome » voire aux facs « taudis ».
Le comble est atteint quand on lit dans la loi que les subventions des mécènes seront déduites des impôts des entreprises à hauteur de 60%. La collectivité
paie, le MEDEF décide. Pendant ce temps, M. Fillon nous parle de faillite de l’Etat !
La casse du statut public de l’université va de pair avec la privatisation du
financement.
La loi remet directement en cause le statut de fonctionnaire des personnels de l’université. Les directions d’université pourront supprimer des postes de
fonctionnaires mais pas en créer. Au contraire, elles sont autorisées et incitées à leur substituer des personnels contractuels, CDI ou CDD, dans les emplois techniques et administratifs, et
également pour assurer des « emplois d’enseignements et des emplois scientifiques ». C’est la porte ouverte au développement de la précarité à l’université et une attaque directe et
historique sur la mission de service public des personnels.
Les enseignants chercheurs ne seront plus nommés par des spécialistes de leur discipline mais par une émanation du Conseil d’administration. La nouvelle
composition des organes de direction, dont le Conseil d’administration fera la part belle aux représentants du privé. Ses pouvoirs sont considérablement renforcés, notamment avec la possibilité
de supprimer certaines unités d’enseignement. Le Président, qui pourra désormais être une personnalité extérieure au corps enseignant de l’université, est doté d’un quasi-statut de PDG,
manager omnipotent, notamment sur les personnels.
L’intérêt du MEDEF et l’intérêt du pays sont fondamentalement contradictoires.
Le gouvernement joue sur les difficultés réelles de l’université dont ses choix politiques sont responsables pour légitimer sa nouvelle loi. Il joue sur la
peur du chômage pour justifier la « professionnalisation » des enseignements sous l’égide du MEDEF.
Mais qui licencie, délocalise à tour de bras et liquide des filières d’activités d’excellence dans le pays sinon le MEDEF ? Ses besoins en terme
d’enseignement supérieur n’ont rien à voir avec ceux de l’économie et de la société de notre pays.
Il veut faire main basse sur l’université pour faire de l’enseignement supérieur une source de profit en lui-même.
Il veut adapter les formations à ses besoins immédiats, à la recherche de profits à court terme pour les actionnaires.
La recherche fondamentale, sans laquelle le pays n’aurait pas de prix Nobel, ne correspond pas à sa recherche du profit à court terme. Le développement de la
formation générale, de l’esprit critique, nécessaires non seulement à l’épanouissement de l’individu mais aussi à sa polyvalence professionnelle sont pour lui une charge insupportable.
D’autant plus insupportable qu’ils portent la contestation la mainmise de l’idéologie patronale sur
l’Université et sur le pays.
Pour l’avenir de l’université dont le pays a besoin, exigeons avec les étudiants et enseignants en
lutte :
-
l’abrogation inconditionnelle de la loi Pécresse
-
le doublement du budget de fonctionnement des universités
-
un vaste plan de rénovation, de construction et d’équipement
-
le maintien des diplômes nationaux
-
de nouveaux moyens pour l’orientation
-
le recrutement massif d’enseignants-chercheurs et de personnels techniques et administratifs pour faire face aux besoins
criants
-
la véritable gratuité de l’université avec la suppression des frais d’inscription.
Le pays a besoin d’une formation supérieure de masse pour assurer son développement devant les défis
majeurs de notre époque !